Douze jurés russes se réunissent dans le gymnase d'une école -la justice locale est-elle si démunie?- pour décider de la culpabilité ou non d'un jeune Tchétchène accusé d'un meurtre crapuleux. Son sort semble scellé suivant la légèreté et désinvolture de jurés pressés d'en finir.
Le sujet vous rappelle "Douze hommes en colère"? C'est normal: le film de Nikita Mikhalkov est la variante russe du film fameux de Sidney Lumet, dont il emprunte la trame du début à la fin. Le long huis-clos qui débute, entrecoupé de flashback mettant en scène l'accusé, consiste en un progressif renversement d'avis et de postures au cours des délibérations.
Pour le cinéaste, l'intérêt de l'intrigue ne provient pas tant des indices qui pourraient disculper le prévenu que de l'évolution des personnages, pour la plupart radicaux et intransigeants, vers une réflexion plus humaine. L'un d'eux, avatar de Lee J. Cobb dans la version de Lumet, incarne le racisme et l'antisémitisme ordinaires. Son revirement éventuel n'en serait que plus spectaculaire.
Dans ce film un peu théâtral et discursif -difficile de faire autrement- où certaines des interventions des 12 flirtent avec le numéro d'acteur, les témoignages ou anecdotes personnels reflètent de façon plus ou moins imagée le point de vue du réalisateur sur la société russe ainsi que son postulat humaniste, dont le moindre aspect n'est pas de défendre, tout simplement, un Tchétchène, l'ennemi de toujours, tout au moins à l'époque du film.