Même le titre est lourd : on l'aura compris, qu'ils ont douze ans. Douze ans, l'âge auquel on commence à devenir adulte, auquel se jouent les destins, auquel on découvre l'amour, la mort et la responsabilité pour la première fois — et tout le tintouin. L'intrigue, toutes proportions gardées, a bien son intérêt : "12 and Holding" est précis, sombre, construit et bien rythmé, de la mort inaugurale du frère à une fin laissée ouverte sans constituer un retour au point de départ. Et puis, le thème du corps, en guise de leitmotiv, est plutôt bien traité.
Seulement, Michael Cuesta filme avec un bulldozer : le spectateur qui n'aura pas compris qu'à un moment, il y a une fuite de gaz, souffre ou de cécité, ou de narcolepsie, ou d'une irrémédiable distraction. Le reste est à l'avenant. Le film montre qu'il est tout à fait possible de bâtir une intrigue intéressante avec une équipe entièrement composée de personnages-clichés. Tout, absolument tout, tout dans ses moindres détails, y passe : chacun à sa manière, de jeunes gens lancent des signaux d'alarme passés inaperçus des milieux familiaux toxiques qui entretiennent leurs défauts ou leurs complexes ; chacun à sa manière, leurs parents leur sont devenus étrangers, obnubilés qu'ils sont par leurs soucis d'adultes ; y compris les personnages plus secondaires : le professeur de gymnastique qui croit en son élève, le beau bûcheron au cœur brisé… Les accessoires eux-mêmes sont des clichés ! Le masque de hockey du garçon complexé par son visage, le tampon hygiénique et le maquillage de la jeune fille pubère, le sachet de bretzels de l'obèse, le gant de base-ball du frère mort sorti de "l'Attrape-cœurs"…
Les vicissitudes de l'adolescence, la difficulté de faire le deuil d'un être cher, la recherche d'un appui affectif hors de la cellule familiale, la construction d'une image qui corresponde à celle que l'on veut renvoyer, les problèmes de communication inter-générationnelle dans les pays industrialisés au début du XXIe siècle : il est vrai que les thèmes brassés par "12 and Holding", psychologiques ou sociologiques, se prêtaient au cliché, et Michael Cuesta n'a pas évité de se vautrer dans la symbolique lourdaude.
Alcofribas
5
Écrit par

Créée

le 16 févr. 2013

Critique lue 470 fois

Alcofribas

Écrit par

Critique lue 470 fois

2

D'autres avis sur 12 and Holding

12 and Holding

12 and Holding

8

ZeroJanvier

342 critiques

Critique de 12 and Holding par Zéro Janvier

12 and Holding est un film du réalisateur américain Michael Cuesta, sorti en salles en 2006. J'avais découvert ce film par petits bouts en tombant dessus à plusieurs occasions sur Canal +, à l'époque...

le 25 sept. 2010

12 and Holding

12 and Holding

5

easy2fly

1086 critiques

Trop jeune pour grandir.

Un film dont le thème est l'enfance, a toujours un écho particulier pour moi, une période de la vie faite de rires et d'insouciance, enfin normalement. Malheureusement, je ne fais pas parti de...

le 24 févr. 2014

12 and Holding

12 and Holding

5

Alcofribas

1347 critiques

Même le titre est lourd

Même le titre est lourd : on l'aura compris, qu'ils ont douze ans. Douze ans, l'âge auquel on commence à devenir adulte, auquel se jouent les destins, auquel on découvre l'amour, la mort et la...

le 16 févr. 2013

Du même critique

Chroniques de la haine ordinaire, tome 1

Chroniques de la haine ordinaire, tome 1

9

Alcofribas

1347 critiques

Littérature

Je suis sociologiquement prédisposé à aimer Desproges : mes parents écoutent France Inter. Par ailleurs, j'aime lire, j'ai remarqué au bout d'une douzaine d'années que quelque chose ne tournait pas...

le 6 août 2013

Un roi sans divertissement

Un roi sans divertissement

9

Alcofribas

1347 critiques

Façon de parler

Ce livre a ruiné l’image que je me faisais de son auteur. Sur la foi des gionophiles – voire gionolâtres – que j’avais précédemment rencontrées, je m’attendais à lire une sorte d’ode à la terre de...

le 4 avr. 2018

Le Jeune Acteur, tome 1

Le Jeune Acteur, tome 1

7

Alcofribas

1347 critiques

« Ce Vincent Lacoste »

Pour ceux qui ne se seraient pas encore dit que les films et les albums de Riad Sattouf déclinent une seule et même œuvre sous différentes formes, ce premier volume du Jeune Acteur fait le lien de...

le 12 nov. 2021