De la pertinence du plan séquence ?

Avis sur 1917

Avatar Baybrick
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Si je dois admettre que sur le coup le film ne m'a pas fait chier contrairement à Poutride, peu de temps après il ne reste pas grand chose de ce film qui s'avère un exercice de style jamais vu mais pas assez ou complètement pertinent et que je commence déjà à oublier. Un comble pour une démarche aussi jusqu'au-boutiste.

Donc on a un film filmé en un plan séquence (enfin une illusion de, il est facile de voir ou sont les coupes), postulat d'une immersion absolue dans le no man's land de la première guerre mondiale.

Seulement voilà, la principale caractéristique de ce plan séquence, à quelques moments de bravoures près consiste à suivre en plan rapproché deux personnages puis un. La caméra ne faisant au final principalement que tourner auteur de leur/sa tête. C'est déjà ici que se présente la première limite de la mise en scène. Ce tournoiement ne sert au final que sa propre existence. Alors je n'ai fondamentalement rien contre le style pour le style, sinon je n'aimerait pas le grand Michael. Mais cet effet de mise en scène ne rend pas réellement le film tout le temps virtuose comme semble le suggérer beaucoup de monde...

Le fait est que j'ai vu des plans séquences plus cours mais plus chiadés, que cela soit chez Cuarón, Bay ou Welles. Après, la question est de savoir si le but de la démarche n'est pas justement de rendre cela transparent, et c'est quand même l'une des raisons pour lesquelles je ne veux pas descendre le film, mais j'ai quand même l'impression que Mendes se regarde filmer et qu'il ne s'agit pas seulement d'essayer de raconter une histoire par un autre moyen que ceux dont on dispose, ça serait mieux écrit sinon.
On peut parler de prouesse, ce qui serait assez fort, mais je n'ai pas la sensation d'avoir déjà vu ça. Surtout que Mendes semble avoir pris le parti de finalement s'intéresser plus au décorum de cette guerre qu'au personnages qu'il filme, ainsi ils sont souvent placés au second plan, et le premier plan s'attarde sur les ruines, les combles, les cadavres, l'artillerie détruite.

De là vient d'autres problèmes. Si cela peut être assez fascinant et être une proposition assez originale, faisant du personnage principal de son film le décors, la contrepartie est que le réel personnage principal est plus un Terminator qu'un humain auquel on peut croire et il est doté d'énormément de chance pour survivre à un éboulement souterrain, une chute qui lui ouvre la tête et le fait s'évanouir, des balles qui semblent le toucher (mais en fait pas vraiment) et surtout à un pourrissement de la main qui semblait pourtant inévitable. Le mec s'ouvre quand même avec du barbelé, fout sa plaie ouverte dans un cadavre pourrissant, puis s'y ajoute du sable mais un peu d'eau et du bandage et tout va bien...
Ceci sous-tend un autre problème, c'est que le film est beaucoup trop propre, surtout pour la guerre qu'il dépeint. À certains moments j'étais assez satisfait de voir quelques cadavres au premier plan, mais que ça soit la photo (au demeurant assez magnifique), le design sonore, l'aspect général des soldats, tout cela est assez propre, manque de crasse, de pourriture, de poussière, de boue, de manque de visibilité. On sent que tout ça est formaté pour être un "beau film de guerre" pour les Oscars, presque nostalgique dans l'image d'Épinal qu'il semble déployer (d'ailleurs ce n'est que sous entendu, mais en 2020 faire des allemands de la première guerre mondiale des méchants c'est et rétrograde et pas très original). Si je pouvais un peu plus accepter cela chez Nolan qui entendait et jouer sur le hors-champ et sur une idée du climat comme métaphore un peu lourdingue de la guerre; étant donné qu'ici la démarche entend inscrire la guerre dans une ligne temporelle continue et surtout au plus près d'une mission dangereuse de traversé de l'environnement guerrier, je ne peux que déplorer cet absence de dureté et de poisse.

Après tout n'est pas à jeter. La démarche a suscité assez d'intérêt chez moi pour que je me laisse berner, et puis il y'a des séquences assez belles. Le fameux levé de soleil qui semble assez rapide offre une des séquences les plus intense du film et qui je trouve justifie le plan séquence. C'est à ce moment que le changement de lieux est le plus rapide et ou le plan séquence semble créer un nouveau personnage dans un spectateur qui va se sentir autant poursuivi que le protagoniste.
Il y'a aussi la séquence avec le crash de l'Allemand et ce qu'il s'en suit, ou celle avec la femme et le bébé, qui bien que déjà vus sont assez touchantes. Ce sont peut-être les seuls moments ou l'on ressent le danger et l'imprévisibilité de la guerre, alors même que ce ne sont pas des séquences d'affrontement.

Alors tout le monde est beau, tout le monde joue bien, certains des acteurs tendances du moment apparaissent, c'est bien éclairé, le score de Newman est au final pas mal (ça commençait sur du Zimmer contemporain, donc l'horreur), le film donne l'illusion d'un sympathique plan séquence, mais tout cela est assez creux...

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