1985
7.3
1985

Film de Yen Tan (2018)

Une cassette, un crayon, une vie.

Surtout, ne lisez pas les résumés du film, ils vous dévoilent tout de ce qui perce lentement, douloureusement, tristement mais aussi joliment, de ce 1985 si beau et sincère, qui vous laissera incapable de revoir l'affiche du film, en réalité un des derniers plans (quand on s'éponge déjà les yeux avec les mouchoirs depuis cinq minutes) sans avoir le cœur serré. Un petit bijou, sans aucune prétention, sans grande histoire autre que celle d'un jeune homme, Adrian, qui rentre dans sa famille après des années de silence radio, et dont on découvre peu à peu la raison de ce retour si soudain... Le noir et blanc est sublime, Cory Michael Smith est l'âme vivante de ce drame (un acteur totalement sous-côté, ce film en est la seule preuve à apporter), et l'intrigue familiale se révèle doucement, par à-coups de rencontres avec un vieux camarade d'école (bourreau infantile qui fait son mea culpa sur le tard), avec une ancienne petite amie à qui Adrian dit étonnamment "non" ("étonnamment", car on est très lent à la comprenette : certainement, vous aurez deviné ce qui se joue en sous-texte de ce rejet abrupt... Et ce qui est agréable, c'est que le film vous accepte tel que vous êtes, peut se regarder deux fois "en ne sachant pas / en sachant", et avoir un tout autre sens, aussi : que vous soyez rapide ou lent à capter l'envers du décor, cela n'a aucune importance, 1985 vous "aime tel que vous êtes", c'est un peu son mantra), avec un petit frère bridé par deux parents ultra-cathos et conservateurs (alors qu'écouter Madonna et The Cure, c'est la base de toute vie saine), et ces derniers parents qui ont leur façon propre d'aborder "le problème". Le père, plus brut de décoffrage,

s'est assuré en personne de la vie de son fils et a découvert le pot-aux-roses très vite, et préfère célébrer son fils en cachette (en enfilant finalement la veste qu'il lui a offerte, quand personne ne regarde...)

, tandis que la mère, comme toute vraie mère, "sait". Ce n'est pas parce qu'elle essaie de lui présenter les qualités de telle fille, qu'elle ne peut pas nous arracher le cœur dans un final bouleversant en avouant à son fils

(et l'on suppose, au stade de sa séropositivité, que cela sera les derniers mots qu'il entendra de vive voix d'elle), "qu'elle attendra patiemment qu'il soit prêt à lui avouer son homosexualité, et que de son côté, elle tâchera d'être prête pour cette nouvelle".

Allez, on a pleuré comme un veau, inutile de le nier, la scène ne se présente nullement, le dialogue arrive par surprise, et nous cueille comme des fleurs. S'ensuit le magistral final du petit frère qui enfile son casque audio (l'affiche du film) pour écouter le monologue qui conclut ce si beau film, une ode copieuse à la différence, aux erreurs qui nous construisent, à la résilience face au regard des autres, à l'amour d'un grand frère même au-delà de l'emprise du temps et de la vie. Sur fond visuel du

papa qui s'admire dans sa veste (finalement fier, dans l'intimité), et de la mère qui coupe la radio, agacée, alors qu'il s'agissait d'un sermon catho sur "ceux qui iront en Enfer", les paroles grand frère font sens, percutent, brillent dans les yeux mouillés du gamin qui ne sait pas encore que ce qu'il a dans son walkman est la dernière trace de son frère, mais aussi le plus précieux conseil qu'il pouvait lui donner...

Un final parfait. Madonna n'a qu'à bien se tenir (un peu comme dans la chouette chanson "1985" des Bowling For Soup, pour les dix autres fans français qui existent), voici une cassette audio qui se grave instantanément dans nos cœurs. Surtout, n'oubliez pas le crayon, pour refaire vivre le grand frère à l'infini.

Aude_L
8
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Créée

le 21 avr. 2025

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