Vers l'infini et au delà

Avis sur 2001 : L'Odyssée de l'espace

Avatar JimBo Lebowski
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Un mythe, que dis je, un monument, un chef d'œuvre intemporel du cinéma, 2001 l'Odyssée de l'Espace reste vraiment un des films les plus fascinants qu'il m'a été donné de voir, mon premier visionnage doit dater de 1999 (j'avais 14 ans), l'année de la mort de Stanley Kubrick, les chaînes de télévision rediffusaient ses longs-métrages, je me souviens qu'il était passé sur France 3 en troisième partie de soirée et j'ai été littéralement scotché, je n'avais quasiment rien compris mais il m'avait émerveillé, puis j'ai ensuite lu le bouquin de Clarke en guise de complément, bien utile. Mon second remonte à 2006, avec un pote de fac cinéphile on faisait une rétrospective Kubrick, et je crois bien qu'on a débattu pendant facile une ou deux heures, bière à la main, sur le film en lui même et surtout le final, une soirée très enrichissante ... Puis voilà mon troisième, ça faisait longtemps que je voulais me replonger dedans, et par la même occasion en profiter pour rédiger une critique.

Donc 2001 l'Odyssée de l'Espace est un film réalisé par Stanley Kubrick en 1968 et co-écrit avec le romancier Arthur C. Clarke (se basant partiellement d'ailleurs sur sa nouvelle La Sentinelle) racontant en quatre parties distinctives l'évolution de l'homme via sa relation au contact de mystérieux monolithes noirs. Le film s'ouvre sur une séquence épique avec cet alignement de planètes et sa musique de Richard Strauss, indissociable de l'œuvre, puis débute ce premier acte, à l'aube de l'humanité, où des primates se disputent des points d'eau pour survivre, la notion de paranormal est planté avec ce bloc de rectangulaire dans le sol désertique, la bande son de Ligeti illustre l'hypnose et l'adoration, le monolithe se veut comme un diffuseur et servira de point de départ d'une forme d'intelligence primaire sur l'homme, du fait de se servir d'os pour conquérir et assoir sa domination sur d'autres communautés. La photographie des paysages est éblouissante, les couchés de soleil et les couleurs feutrées sont merveilleux, on constate déjà la qualité de l'esthétisme hautement poussée.

Vient ce raccord mythique qui ellipse plusieurs millions d'années, de l'os au vaisseau spatial, cette fois à l'aube d'un nouveau millénaire où la technologie a rattrapée l'homme, ce deuxième acte montre les prouesses techniques de Kubrick, car il faut bien évidement noter que le film fut tourné 1 an avant que Apollo 11 soit mis en orbite et que Armstrong ne pose le pied sur la Lune (je passe la fameuse légende du studio et du contrat entre Nixon et Kubrick), l'espace y est en premier lieu montré majestueusement, une station tournant au rythme du Beau Danube bleu avec une navette s'arrimant à elle, c'est beau, mon dieu que c'est beau ... Puis l'intrigue est instaurée avec la découverte d'un monolithe noir dans un cratère lunaire, le scientifique américain Heywood Floyd est venu enquêter sur cette affaire qui ne manque pas d'interroger les équipes de la base de Clavius, ce qu'on peut d'ailleurs noter c'est que l'objet semble être fixé et recouvert depuis une durée approximative de 4 millions d'années, environ la même que celle de la première partie, et envoi un puissant signal en direction de Jupiter.
Les décors sont à saluer, les effets spéciaux n'ont pas prit une ride, tout est crédible et avant-gardiste, avec une petite touche kubrickienne comme ces fauteuils rouge vif, concept très 60s que l'on retrouvera dans Orange Mécanique. Le mystère est réellement captivant et engage la promesse d'une relativité presque insondable, l'inconnu reste ce qu'il y a de plus magnétique, et le reste du film tentera de nous donner des indices, qu'il faudra creuser.

La troisième partie se déroule 18 mois après l'incident de la station Clavius, nous sommes à bord du vaisseau Discovery One en route vers Jupiter avec deux astronautes Dave et Frank et un ordinateur doté d'une intelligence artificielle (ainsi que trois savants en hibernation). Cette partie image parfaitement l'idée de cette technologie domestiquant l'homme, HAL 9000 se mue en une sorte de psychopathe, réputé comme infaillible il va montrer qu'il peut tout aussi bien commettre des erreurs, nous interrogeant au passage sur sa sensibilité, par crainte les deux astronautes décident de le déconnecter pour éviter un autre incident, HAL réagit de manière irraisonnée en expulsant Frank de la navette forçant Dave à aller le rechercher puis le piéger à l'extérieur ...
Ici Kubrick donne une vision bien plus froide et austère à son film, la musique classique enjouée laisse place à des partitions plus lancinantes et des séquences mutines, on reproche parfois cette lenteur et cette déprime stylistique apparente, mais c'est tout à fait cohérent avec le sujet, l'espace c'est glacial, silencieux, les plans de l'extérieur de la navette comme lorsque Dave secours Frank sont juste terrifiants, autant que dans Gravity, le néant est autant fascinant qu'effrayant et ce silence rendu paradoxalement assourdissant est fantastique, à mon sens l'immersion est juste parfaite. Sans compter les qualités de réalisation et de mise en scène époustouflantes de Kubrick, notamment les astuces gravitationnelles ou cette séquence mémorable de la déconnexion de HAL presque dépeinte comme une exécution par injection létale, l'homme a repris le dessus sur la technologie.

Puis arrive cette ultime partie du film où le voyage métaphysique démarre, les planètes s'alignent, Ligeti nous régale, le monolithe flottant dans le cosmos nous donne le départ, la symétrie kubrickienne laisse place à un déballage de couleurs saturées et virevoltantes, on est comme immergé dans une lampe à lave psychédélique, cette séquence est un pur moment expérimental, jouissif et angoissant, une vision de l'insondable vérité, d'une clarté absolue et indéchiffrable. Une fois le trip terminé on retrouve Dave dans cette salle au design baroque, de la capsule il se voit, vieux, dans sa tenue d'astronaute, puis encore plus vieillissant en train de déjeuner puis agonisant dans son ultime soupir, clairement une mise en abîmes qui reflète l'idée d'une distorsion de temps, elle est en quelque sorte ellispée, puis la dernière apparition du monolithe intervient comme régénératrice, Dave est de retour au stade de fœtus et pose ébahi face à l'immensité et la beauté de la Terre accompagné des notes de Ainsi parlait Zarathoustra, le thème d'ouverture, comme cette idée de l'humanité la boucle est bouclée.

Il est assez compliqué d'analyser cette fin plus ou moins ouverte à l'interprétation du spectateur, personnellement je la vois vraiment comme une introspection, une réponse implicite aux mystères de l'humanité, de nos origines, de l'élévation transcendantale, de l'illumination, Kubrick et Clarke nous offrent leur vision et entrouvrent la porte, l'inconnu reste insondable et le mystère entier. Je trouve personnellement que cette notion de "renaissance" démarre avec l'éjection de la capsule de ce vaisseau phallique, comme la représentation d'un spermatozoïde traçant son chemin dans l'utérus de la matrice universelle et cosmique, l'homme acquiert un nouveau statut, Dieu peut être ?
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2001 l'Odyssée de l'espace est bien un immense chef d'œuvre du cinéma, tellement en avance sur son temps, ambitieux, intelligent et en tout point inoubliable. Il ne laissera pour sûr jamais indifférent et restera comme la pierre angulaire de la science fiction, autant intemporel que culte.

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