Enfin je l'ai vu.
À 37 ans et des poussières, et alors que le 4K trônait fièrement dans ma vidéothèque depuis des années, encore sous son cellophane, comme un vulgaire jambon découenné sans sel.
Et bon bin... j'aimerais dire que j'ai tout de suite adoré cette incroyable contemplation visionnaire, cette expérience sensorielle unique dans l'histoire du 7ème Art, cette débauche d'effets visuels révolutionnaires fournie par la crème des vidéastes et scientifiques de l'époque. J'aimerais utiliser tout plein de mots à quatre syllabes, mais la vérité, c'est que j'ai en premier lieu beaucoup douté.
Les trois premières minutes avec musique et écran noir m'ont d'abord fait croire que mon disque était foutu. Dans un monde parallèle j'aurais arrêté mon visionnage, pris le cd, je l'aurais balancé dans une poubelle pleine de noyaux de pêches plates, et je me serais foutu devant un direct-to-dvd avec Tom Berenger. Ma vie aurait peut-être pris un autre tournant, qui sait ? Oui Kubrick lui il sait, vu que c'est Dieu avec la barbe de Robert Hue, mais bon de toute façon je l'ai pas jeté le disque, on s'en fout.
Donc j'ai regardé un écran noir pendant trois minutes.
Ensuite (ouf, le disque fonctionne), il y a la première partie avec les singes. Enfin nos ancêtres. Les chimpanzés là. Des mandrills ? Non ils avaient pas le cul bleu. Tout ça pour dire que j'ai trouvé cette intro bluffante. La troupe de mimes acteurs a fait un taf incroyable, et par moments, je me suis demandé si ce n'était tout simplement pas des vrais chimpanzés dressés. Oui ma naïveté va jusque là. Évidemment, il n'y a toujours pas de dialogues, vu que ce sont des singes-mimes. Normalement, quand je mate 25 minutes de film sans dialogues, il y a au moins Riley Reid qui intervient à un moment, mais là même pas. Pourtant là aussi il y a un grand monolithe noir que tout le monde se met à toucher avec ferveur, mais non elle se pointe toujours pas.
La deuxième partie crève les yeux niveau effets visuels, mais n'apporte pas grand chose je trouve, juste des gars qui bouffent et qui parlent de tout et de rien. Mais au moins ils parlent, ça rassure un peu mon Dolby Vision. Dieu-Kubrick a voulu étaler tout son talent et a pris le temps de bien nous le montrer, il a pris touuuuuut son teeeeemps le bougre, il m'a épuisé putain, heureusement que le Beau Danube Bleu me rappelle l'intro de True Lies sinon je me serais fait péter une micro-sieste. J'imagine que l'idée était de montrer, suite à une ellipse de plusieurs milliers d'années, qu'en 1999 on avait des goûts de chiotte niveau mobilier et qu'on serait capables de tout bouffer avec des pailles. Grosso modo la vie d'un métrosexuel new-yorkais.
La troisième partie est top, pleine de suspense et d'acrobaties spatiales muettes, et le bras de fer entre les deux astronautes et HAL 9000 (comme la durée du film en minutes) est déjà beaucoup plus passionnant. Les mecs bouffent avec des fourchettes (putain on a régressé ?) en regardant une émission qui parle d'eux à la téloche. C'est la masturbation 2.0. HAL 9000 trolle comme un fumier, il rejoue la scène de la douche dans Psychose, mais lui c'est une IA, il regarde les lèvres du haut du corps. C'est tendu comme l'ambiance à mon ancien boulot, la paranoïa s'installe progressivement dans les coursives (plus vraies que nature) du vaisseau, et même si certaines scènes restent sacrément longues, on est déjà beaucoup plus accroché à sa poche de slip.
Et on termine avec le dernier chapitre qui ressemble à un clip de Daft Punk sous LSD et que je n'ai pas compris tout de suite (merci le making of pour les précisions sinon je me couchais avec le nez qui saigne). Mais bon en même temps je comprends rarement les fins de films de SF (Interstellar, Ad Astra, Annihilation, Les Bronzés 3...), j'ai souvent besoin que des doctorants et autres Youtubeurs m'expliquent. En même temps vu ce que vous êtes en train de lire vous avez bien compris que la philosophie et l'astrophysique chez moi elles servaient juste à caler ma corbeille à fruits.
Musique de Strauss.
The End.
Encore un écran noir avec de la zik mais là j'ai moins douté, j'ai acquis une expérience de ouf pendant ce film.
D'ailleurs à un autre moment il y avait carrément un entracte. Les mecs savent que ces 2 heures 30 ont en réalité duré 6 heures, ils ne s'en cachent même pas.
Mais le plus dingue dans cette histoire, c'est que je me fous de la gueule du film depuis 10 minutes, alors qu'au final, je l'ai aimé. Pas parce que l'élite de la cinéphilie nous oblige à l'aimer, non non, grand Die.. grand Kubrick non ! Je l'ai aimé parce qu'il infuse en moi depuis que j'ai retiré le 4K de mon lecteur. Il infuse comme une tisane fruits rouges un matin d'orage. Comme une balade à vélo sous un crachin automnal. Il infuse, je vous dis.
Et moi les films qui infusent, je les aime. C'est comme ça. Pour moi 2001 : A Space Odyssey, c'est avant tout une prouesse folle pour 1968, des scènes cultes, des transitions de plusieurs millions d'années, une direction artistique de porc, des idées en pagaille, le Jurassic Park de son temps. Un film que j'aurais sûrement dû regarder plus tôt, mais que je n'aurais probablement pas autant apprécié, illustrant bien cette idée de paradoxe temporel (non pas du tout mais ça fait stylé). Et puis souvent les films de Kubrick gagnent à être revisionnés, je m'y attellerai donc avec plaisir un jour prochain.
Mais voilà, je vais pas le foutre dans mon top 10 non plus. Déjà y'avait pas Schwarzy dedans alors bon...
PS : Tout a déjà été dit sur ce film, donc j'ai préféré raconter des conneries. Je suis capable de mieux, je vous assure (mais n'allez pas voir mes anciennes critiques, 15 ans après je les trouve gênantes de ouf). Et j'aime les contrepèteries aussi, dont acte. Bisous.