« 24 mesures » est un film en demi-teinte sur la forme, mais aussi par rapport à ce que j’en ai ressenti. Car j’attendais beaucoup de la première réalisation de Jalil Lespert, jeune acteur intuitif et terriblement attachant. On sent que ce coup d’essai lui tient à cœur, et il affiche même une belle spontanéité dans sa mise en scène. Il choisit d’articuler son récit sur quatre personnages accidentés et cabossés par la vie dont le destin va se jouer entre le 24 et 25 décembre. Période de Noël si belle pour ceux qui vont bien, et si horrible pour les autres. Leurs parcours va s’entrecroiser, se mêler fiévreusement dans une espèce de tourbillon où la raison se perd, mettant à vif les sentiments, les âmes. La première partie retranscrit bien cette approche, avec cette sensation nauséeuse d’un drame sous-jacent portée par une Lubna Azabal et un Benoît Magimel impressionnants. L’enchaînement perd de sa force au fur et à mesure avec un côté « too much » et un peu répétitif par moment. La fracture est même prononcée avec l’arrivée de Chris (Sami Bouajila, un peu à côté de la plaque), joueur de jazz. Et la crédibilité de l’ensemble retombe autant que l’intérêt. C’est dommage, car on sent une conviction réelle chez Lespert sur son sujet et il nous donne même de très bons moments parfois, mais à force d’enfoncer le clou le film tourne un peu à vide. Le jazz et le cinéma français ont rarement fait bon ménage, Tavernier en son temps s’y était déjà cassé les dents avec un « Autour de minuit » très mineur. Ca ne l’a nullement empêché de nous réjouir par la suite. Ce qui arrivera également à Lespert sur ses prochaines réalisations, il a la manière, reste à la canaliser.