"26 Years" tourne autour du massacre de Gwangju, événement marquant de l'histoire de la Corée du Sud, où des milliers de civils ont été tué sur ordre du président par des militaires. Le point de départ du film de Jo Keun-Hyun va être de placer l'intrigue vingt-six années après, du point de vue de trois "enfants de Gwangju" dont un des parents a été tué pendant ce-dit événement. Le film s'ouvre sur une séquence animée de près de dix minutes, au style visuel minimaliste mais réussi, qui sous certains choix narratifs, et même visuels, peut presque faire penser à Jin-Roh. Passé cette séquence, tout revient à la normal. Et il faut dire que ça n'aurait probablement pas été gênant que tout le film soit animé, car si il y a bien une chose qui fait grincer des dents dans "26 Years", c'est une mise en scène tout sauf inventive, terriblement plate et sans saveur. Y a bien quelques fulgurances (la scène finale, bien foutue dans le genre), mais la plupart du temps, c'est tout sauf original.
J'ai lu par-ci, par-là des critiques sur la scène finale, et même sur la durée du film en général. C'est certain que si le film dure 2h15, tout ça aurait pu être facilement réduit à 20 minutes de moins (au minimum). Après la fabuleuse séquence animée, on se retrouve avec un film qui met 20 minutes / une demi-heure à vraiment démarrer, se perdant à tenter vainement de développer ses personnages, alors que finalement, on se retrouve après ça au point de départ : tout ce qu'on sait d'eux, c'est qu'un de leurs proches est mort à Gwangju. POINT. Il y a vaguement quelques autres aspects de leurs personnalités qui sont abordés, mais le flic est bien le seul à avoir droit à un traitement en dehors de l'intrigue principal (c'est à dire sa vie au poste). La plupart de scènes, ces personnages sont en groupe, et même si ça peut paraître anodin, c'est très important : toute leur psychologie se base seulement sur leurs dialogues. Aucune mise en abyme. Et finalement, à part leurs noms et leurs gros traits, ils restent à la fin du film des parfaits inconnus.
Un peu bête de la part d'un film qui part pourtant d'un script qui aurait pu privilégier le développement de ses personnages. Ensuite, le tout se transforme en vengeance movie somme toute classique mais très souvent un minimum intéressant. Pour en revenir à la scène finale, qui doit durer entre une demi-heure et quarante-cinq minutes (rien que ça!), elle est certes très longue, mais pour être totalement franc, ne m'a pas paru trop rébarbative. Il y a notamment cette fin très réussie (ce dernier plan et ce dernier son) qui laisse véritablement une marque chez le spectateur. Le truc bête, c'est qu'après quelques secondes de générique, on se retrouve avec une scène "additionnelle", pas trop révélatrice mais quelque peu décevante quand on voyait la qualité de la première fin, anti-hollywoodienne au possible.
Bon : "26 Years" est d'un classicisme un peu trop lourd, le tout est parfois un peu longuet mais parviens à attirer l'intérêt. Les acteurs ne sont pas mauvais, la mise en scène sans saveur et le script a tendance à tourner en rond, mais on est indéniablement devant un thriller efficace qui, à défaut de marquer les esprits, aura le mérite d'informer sur un événement pilier de la Corée du Sud contemporaine, permettant sans aucun doute d'en cerner plus généralement la sociologie.