Avec 2 Jacks, Bernard Rose s’attaque à une adaptation audacieuse de Deux hussards de Tolstoï, transposant le conflit générationnel d’un empire déchu à l’industrie hollywoodienne contemporaine. Le projet est ambitieux : croiser le faste romantique d’une époque révolue avec les artifices modernes du star-système. Mais à mes yeux, cette ambition reste une posture, et le résultat peine à trouver sa voix.
Ce qui frappe dès les premières séquences, c’est le ton du film, à la fois stylisé et distant. Rose semble fasciné par l’aura de ses personnages, mais oublie de les faire exister autrement qu’en surface. Jack Hussar père, flamboyant réalisateur, dévore la pellicule avec une arrogance presque caricaturale. Son fils, dix ans plus tard, en reprend le costume — mais pas le charisme. Ce décalque générationnel, censé interroger l’idée d’héritage, m’a paru justement… sans héritage émotionnel.
Là où le film aurait pu proposer une réflexion nuancée sur la répétition des destins, il se contente de rejouer les mêmes scènes, les mêmes postures, avec un effet de miroir plutôt vide que fascinant. L’obsession formelle — plans léchés, lumières tamisées, décors de luxe — finit par étouffer toute spontanéité. Tout est trop calculé pour toucher.
L’interprétation reste mitigée. Danny Huston réussit à imposer une présence, mais son personnage manque de complexité. Xavier Samuel, quant à lui, peine à porter le récit. On ne ressent ni transformation, ni conflit intérieur : juste une répétition mécanique des gestes du père. Ce manque d’évolution dramatique rend la deuxième partie du film presque redondante.
En tant que spectateur, j’ai souvent eu l’impression d’être exclu d’un univers refermé sur lui-même, comme si le film s’adressait à une élite capable d’en deviner les clins d’œil cinéphiles ou littéraires. Pourtant, même ces références semblent plaquées. Le lien avec Tolstoï est plus prétexte qu’ossature : on perd l’essence morale et tragique de la nouvelle dans une esthétique de surface.
Ma note de 4/10 ne sanctionne pas un désastre, mais une frustration. 2 Jacks aurait pu être une exploration mélancolique de la vanité artistique, ou une critique subtile de l’illusion hollywoodienne. Au lieu de cela, il propose une mise en scène creuse du mythe, sans jamais l’habiter vraiment. C’est un film qui parle de transmission mais ne transmet rien.
Cela dit, je reconnais au projet une certaine singularité : rares sont les films qui osent ces correspondances temporelles, même bancales. Peut-être trouvera-t-il un écho chez les spectateurs sensibles à la poésie du désenchantement. Pour ma part, je suis resté sur le seuil — spectateur d’un mythe sans chair, d’un hommage sans émotion.