"53 dimanches" : Il existe des repas de famille où l'on se dispute pour savoir qui a pris le dernier morceau de gâteau... et puis il y a ceux où une simple réunion tourne en championnat du monde de la vanne assassine avec option règlement de comptes illimité. Ce film espagnol part pourtant d'un sujet très sérieux : deux frères et leur sœur doivent se retrouver afin de discuter de l'avenir de leur père. Mais avant même que tout le monde soit installé autour de la table, on sent déjà que cette réunion familiale est aussi stable qu'un château de cartes posé sur une machine à laver en essorage. Les retrouvailles sont repoussées à deux reprises, histoire de laisser encore un peu mijoter les rancœurs, avant que la soirée n'explose enfin dans un feu d'artifice de piques, de sarcasmes et de petites humiliations dont seuls les membres d'une même famille semblent posséder le mode d'emploi. J'ai énormément apprécié l'écriture des dialogues. C'est là que réside toute la force du film. Le grand frère enchaîne les remarques blessantes envers son cadet avec une décontraction presque scientifique, sans même réaliser à quel point chacune de ses phrases ressemble à une gifle emballée dans du papier cadeau. Le plus drôle reste que personne n'est réellement innocent, chacun renvoyant la balle avec une répartie toujours plus mordante. Les échanges deviennent rapidement hilarants tant ils sonnent justes, donnant parfois l'impression que le scénariste a secrètement enregistré un vrai repas de famille avant de simplement recopier les conversations. La réalisation reste volontairement discrète et laisse toute la place aux acteurs, qui livrent des prestations remarquables. Leur complicité fonctionne à merveille et rend ces affrontements verbaux aussi drôles que crédibles. Le rythme ne faiblit quasiment jamais, car chaque nouvelle discussion dévie progressivement vers un autre sujet. Ce qui devait être une réunion consacrée au devenir de leur père finit par tourner autour du livre écrit par le grand frère, de son ego, des frustrations accumulées et de tous ces vieux dossiers que chacun gardait soigneusement au congélateur depuis plusieurs années. C'est complètement absurde, souvent irrésistible, mais jamais gratuit, car derrière l'humour se cache une véritable réflexion sur les relations familiales, les blessures qui ne cicatrisent jamais totalement et les mots que l'on prononce parfois sans mesurer leur impact. Puis arrive ce fameux appel téléphonique qui change brutalement la tonalité du récit. Sans jamais tomber dans le mélodrame facile, le film rappelle avec beaucoup de finesse que certaines disputes paraissent soudainement bien dérisoires lorsqu'un événement inattendu vient bouleverser la réalité. Cette bascule fonctionne très bien et donne une profondeur supplémentaire à une comédie qui aurait pu se contenter d'enchaîner les répliques cinglantes. Certes, le film reste très bavard et repose presque entièrement sur ses dialogues, ce qui pourra dérouter ceux qui recherchent une intrigue plus mouvementée. Mais pour peu que l'on apprécie les comédies de caractère où les personnages s'écharpent avec un naturel désarmant, l'expérience s'avère franchement réjouissante. Au final, "53 dimanches" est une comédie douce-amère, drôle, intelligente et remarquablement interprétée, qui prouve qu'une simple réunion de famille peut devenir plus explosive qu'un film d'action... avec un budget bien inférieur en explosions mais largement supérieur en dégâts psychologiques.