La ballade sans vie

Avis sur À la merveille

Avatar Lucid
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Terrence, tu m’as brisé le cœur. J’ai même pas pleuré, je regardais juste au loin, dans le vide, comme ton film. J’ai eu le même sentiment que tous tes détracteurs, et ça fait mal.

J’essaye de comprendre. Et j’ai une piste, peut-être pas solide, mais c’est déjà quelque chose. C’est par rapport à ta mise en scène. Alors oui, mon salaud, tu filmes comme un dieu. On l’avait déjà vu dans Tree of Life, et c’est magnifique, de te détourner de tes personnages pour aller filmer un cours d’eau sans raison, j’adore ça. Mais là plus rien ne marche. Tu te parodies. Au bout de dix minutes du film, tu fais déjà ton plan des rayons de soleil à travers un arbre, c’est pour dire. Mais c’est que ta mise en scène ne colle pas à ton sujet. On a lentement suivi un changement chez toi, allant toujours plus proche de tes personnages, enchaînant des mouvements quasi-divins, des contre-plongées à en baver sur son jean, et ton apogée était arrivée avec Tree of Life. Ton sujet un peu disparate, tes personnages fuyants, c’était parfait. Ici tu veux parler d’amour pur, sans rien d’autre. Et on a cette mise en scène qui mélange quelque chose de très dynamique et de très contemplatif. Tes plans se succèdent, les scènes se succèdent, les personnages se succèdent, et tout le monde se demande quel magie circule entre tes doigts.
Mais forcément, le fond te glisse entre les mains, on ne s’attache à rien, on se désintéresse rapidement des personnages. En même temps, Affleck a l’air sérieusement de s’emmerder, il parle jamais, regarde sa vie d’un air fantomatique, la gamine est insupportable, les deux actrices sont particulièrement sans vies. La scène avec l’italienne le montre très bien, un personnage qui d’un coup veut sortir le film de sa banalité effarante est reçu par Kurylenko qui ne réagit pas, qui ne fait qu’écouter. En plus tu rajoutes ta dose de spiritualité par un Bardem qui ne fait que tourner en rond pendant son faible temps à l’écran, qui récite encore et toujours la même messe, à la recherche de l’amour spirituel. Tes problèmes de foi, Terry, garde les pour toi. Et c’est un manège de gamins de cinq ans qui se met en place qu’on comprend au bout d’une heure. Le problème, c’est qu’il refait la même chose l’heure suivante, l’amour, le déchirement, blablabla, merde quoi. Et tout le monde tourne, tout le monde fait semblant de sourire, c’est effrayant, un défilé de figures tristes. Je ne comprends pas où tu as voulu en venir, j’ai l’impression que tu voulais célébrer l’amour alors que tu ne faisais que l’enterrer vivant.
J'ai vu Spring Breakers deux heures après qui lui utilisait la répétition à la perfection, qui faisait monter une certaine hystérie (ce bruit de recharge, "Spring break forever"). Et toi, tes voix offs sont fades sans vies, d'un ridicule jamais atteint, une vision de l'amour bornée, déjà-vu, éternel et pourtant sans espoirs. C'est presque gênant, finalement, de percevoir l'amour comme tel.

Tu sais quoi, Terrence, je ne reverrais plus jamais tes anciens films, je veux garder cette naïveté en moi. Tu m’as comblé pendant longtemps mais ce temps est fini. A la mort.

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