On the road bargain.

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Alors que leurs films plus récents attestent de certaines concessions faites à une tradition du récit (particulièrement pour Mammuth ou Le Grand Soir), la première réalisation du duo Delépine/Kervern se veut assez radicale.
Noir et blanc, gros grain, c’est dans une fixité presque angoissante que commence le récit, traversé avec une lenteur programmatique par divers engins (trains, moissonneuses, camions) qui ne semblent mener nulle part.
L’idée certes grotesque et originale d’un road movie en fauteuil roulant dépasse assez vite le ressort purement comique : c’est une véritable déclaration d’intention que celle de se frayer un parcours en marge, miné par la fixité, les voies de traverse sociales, esthétiques et idéologiques.
Souvent muet, travaillé par le néant, le trajet semble une succession de pauses, de siestes, d’immobilismes dont l’insolite vire à la poésie, à l’image de la marée qui immerge les deux paralytiques impuissants. Chaque nouvelle séquence est ainsi l’occasion d’une construction visuelle qui va progressivement dévoiler une nouvelle facette de l’absurde parcours.
Comme souvent chez les grolandais, les rencontres s’égrènent et construisent par touches fébriles la triste et complexe comédie humaine où la solidarité le dispute à la cruauté, l’indifférence à l’avidité. Car dans ce monde où l’on ne parle pas la même langue, où l’on se trompe d’ennemi faute d’une lecture attentive, le parcours n’a pas plus de sens que la destination.
Beckett contemporains, Kervern et Delépine entament ici un sentier aussi singulier que salvateur dans le cinéma français.

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