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Abraham Lincoln : Chasseur de vampires par AntoineRA

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Timur Bekmambetov est un incompris, de ceux qui arrivent à retenir et prononcer son nom tout du moins. Après avoir signé, dans son coin, deux adaptations du premier volet de la pentalogie de la saga russe des "Watches", puis s'être exporté notamment grâce à la transposition du célèbre roman graphique Wanted sur grand écran, le voilà avec une nouvelle adaptation tirée d'un roman : Abraham Lincoln, Chasseur De Vampires, de l'auteur reconnu Seth Grahame-Smith.

Par rapport au livre, le scénario, ré-écrit par l'auteur lui-même, a été foncièrement allégé. Certains évènements se trouvent tournés différemment, tandis que des personnages ont été changés, et d'autres scènes ajoutées pour le simple plaisir d'avoir de l'action à balancer au spectateur, surtout via la 3D. Du coup, évidemment, le propos initial du roman perd de sa consistance, et l'histoire d'esclavage, et d'hommage au légendaire Abraham Lincoln, sont davantage relégués en fond. Bon point, toutefois, à cette amourette qui n'asperge pas l'écran de mièvrerie, et au langage qui reste soutenu pour se rapprocher au plus de cette époque industrielle. Le détournement de l'histoire du légendaire président qui se faisait subtilement à coup d'Edgar Allan Poe, William Seward et John Wilke Booth, à travers les pages, n'est donc ici guère présent, au profit de méthodes plus drastiques et tape à l’œil (la conclusion de la Guerre de Sécession, par exemple).

Car Timur est très visuel dans son approche du cinéma. Il l'a déjà montré sur tous ses précédents films, notamment son diptyque Night Watch/Day Watch, qui avait perdu plus d'un spectateur en cours de route. Sa mise en scène est irréprochable. L'action est toujours parfaitement capturée et mise en valeur. La caméra n'est pas brouillon, et les plans sont soignés, bien réfléchis. Son travail sur les couleurs et les effets fait ressortir sa patte artistique personnelle, mais aussi continue d'amener un cinéma plus soviétique sur le devant de la scène, avec des œuvres toutes très portées sur un visuel atypique (Prisoners Of Power, Mongol,...) ; Le Cuirassé Pomtemkine n'était-il d'ailleurs pas de ces contrées ? En sa compagnie, Henry Jackman délivre une bande-son solide et accompagnant excellemment l'image. Ses thèmes sont adéquats à ce registre fantastique qui joue sur le sensationnel, même s'ils rappellent parfois un peu trop sa participation à sa dernière grosse production : X-Men First Class.

À l'écran, le résultat donne lieu à un mix entre Dark Shadows de Burton (il n'est pas producteur pour rien), et les Sherlock Holmes de Ritchie, notamment avec ces alternances de tons sépias/orangées assez classieux pour des scènes de vie quotidienne, et les teintes de nuit bleutées plutôt esthétiques pour les scènes d'action. Pendant celles-ci, les ralentis sont de mise et nombreux, mettant l'emphase sur des chorégraphies vraiment sympathiques à suivre. Même si l'artifice peut sembler facile pour, encore une fois, faire sensation visuellement. Malheureusement les deux meilleures scènes d'affrontement, soit celle sur le train, et une plutôt originale au milieu d'un troupeau de chevaux au galop (attention au lancer de cheval) sont complètement embrumées, respectivement, de vapeur et poussière, de toute part, offrant finalement une piètre clarté de la teneur de l'action, allant même jusqu'à rendre certains effets spéciaux - corrects sur l'ensemble du film - douteux, voire cheap. C'est à se demander si ce n'était pas calculé pour ne pas avoir à montrer pleinement leur désuétude.

Personnifiant Abraham Lincoln, Benjamin Walker délivre une très bonne prestation, sans trop en faire dans le mélo dans son plus jeune âge et en montrant une présence efficace. Les passages où il est à l'âge adulte, comme figure emblématique des États-Unis sont réussis et rendent cet Abraham expérimenté généralement crédible. Les seconds rôles, toutefois, ne le sont pas forcément, à l'instar d'Anthony Mackie, vieil ami et adjoint du président, et Dominic Cooper en mentor. Des personnages surfaits. Quant à Mary Elisabeth Winstead, touche féminine principale, elle demeure loin du look bimbo d'Hollywood et sied convenablement à la représentation de Mary Todd. Les vampires, néanmoins, semblent tous avoir un jeu exagéré pour rendre le caractère de méchants.

Abraham Lincoln, Chasseur De Vampire, malgré son pitch digne d'un des nanar de The Asylum s'en tire à plutôt bon compte, si tant est que l'on soit un tant soit peu sensible à ce genre de films plus visuels que fouillés. Pour de la consistance il faudra davantage se contenter du livre. Timur Bekmambetov continue donc sur sa lancée, développant son style cinématographique malgré les critiques et, je dirais même, qu'il n'est pas loin de dépasser le maître (Burton) qui va de mal en pis ces derniers temps.

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