Starship trooper 2019

Avis sur Ad Astra

Avatar Emeric L'avoane
Critique publiée par le

La route empruntée par James Gray avait de quoi surprendre. Dire qu’il est risqué de faire un film sur l’espace relève de l’euphémisme tant l’univers a déjà été ausculté dans ses moindres particules par de grands noms contemporains. Que pouvait y ajouter une forte personnalité issue du cinéma d’auteur, un réalisateur hors-pair ayant déjà fait ses preuves dans la plupart des styles ? A première vue, rien.
C’est en effet la frustration qui domine à la sortie de la salle, puisque ce film, tant et si bien qu’on suive l’actualité ciné depuis 20 ans, a déjà été fait et vu. La poursuite avec les pirates sur la lune ? Mad Max. La chute gravitationnelle se terminant sur terre ? Cuaron. L’écho paternel s’amplifiant du fin fond de la galaxie jusqu’à la terre ? Nolan, et la liste est encore longue. Si le film est d’une grande beauté, force est de constater qu’il paraît de prime abord inutile, respectant les codes d’un genre poncé de part en part. Après tout, était-il possible qu’il en soit autrement, même venant du réalisateur avant-gardiste de la nuit nous appartient ?
Pourtant, suite à cette profonde frustration surviennent d’autres sentiments. Tout d’abord l’étonnement. Comment expliquer ce ratage et ce manque d’ambition chez un perfectionniste ? Difficile de penser que le rendez-vous tant attendu ne soit qu’un pétard mouillé dans l’océan des sorties hebdomadaires. D’où, la seconde phase, la remise en question et l’acceptation de ne pas avoir compris. Après tout, si le sens était ailleurs ? Et si justement Gray, à partir de cette succession de scènes cohérentes mais sans réelles ambitions, ne cherchait pas plutôt à nous dire qu’à l’aube de la fin d’une décennie riche en production spatiale, il fallait désormais faire table rase du passé ? En réfléchissant et en lisant différentes critiques, paradoxalement dithyrambiques, on réalise qu’outre la beauté esthétique et les qualités de mise en scène, la tendresse coutumière à Gray dans le traitement des personnages n’est pas là. Elle disparaît au profit d’un récit linéaire, sans réels rebondissements, parcourant des sentiers déjà bien battus.
Cette impression globale de déjà-vu débute lors du commencement de la quête initiatique du personnage, quand on l’envoie chercher son père.Tout d’abord survient un homme âgé qui semble en savoir plus qu’il n’en faut mais qui n’apporte rien à l’intrigue, sa mort frôlant même le ridicule. Il est en réalité le premier archétype parmi d’autres et existe déjà sous les traits de Michael Caine dans Interstellar. Il en est de même pour le personnage féminin qui aide pour se rendre sur Neptune, ainsi que pour les pilotes du vaisseau jusqu’à la navette du singe : des corps dénués de profondeur psychologique puisque préexistants dans une mythologie bien plus large, que Gray s’amuse à déconstruire, de manière épisodique.
Surviennent aussi de nombreuses incohérences : comment le père a-t-il survécu si longtemps ? Comment est-il possible que Brad Pitt parviennent à monter dans le vaisseau en passant par la cheminée ? L’intérêt principal n’est soudainement plus l’intrigue, vaine jusqu’à l’absence d’intelligences extraterrestres, ultimes pied de nez du réalisateur. C’est la narration qui prend le dessus sur l’histoire, cette voix off qui dénigre chacun de ces stéréotypes, causant la frustration. Brad Pitt, à l’image du spectateur, reste de marbre lors de toutes les étapes de cette odyssée bien trop équivoque. Il semble finalement être le reflet du spectateur moderne qui, pour ressentir cette étincelle, ce surplus d’émotion, doit désormais apprendre à renouveler ses attentes, se libérer des prérequis que lui imposent la médiatisation des grosses productions. Le premier sourire de Brad Pitt
survient quand il termine cette quête, qu’il s’émancipe de son égoïsme. C’est d’ailleurs en rejetant la figure paternelle, héros du peuple, qu’il a de nouveau accès à une romance, une véritable histoire, entrevue dans de magnifiques plans elliptiques.
Gray passe par le méta pour illustrer son incapacité à renouveler une recette désormais indigeste et choisit la métaphore du cosmonaute pour mieux parler du spectateur. Plus besoin d’aller dans l’espace pour susciter l’émotion. Il n’y a plus rien à y faire et le voyage utopique ou non de Brad Pitt l’atteste. La dramaturgie interstellaire devait sûrement passer par cette fausse rectitude et ce classicisme pour illustrer la nécessité d’un tournant, celui qu’avait connu le film d’action spatial avec Veroheven dans Starship Troopers. Désormais, place à la témérité au profit de l’archaïsme, mais ce sera bel et bien les pieds sur terre.

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