Nostromo-tisme Crânien

Avis sur Alien : Le 8ème Passager

Avatar Mike Öpuvty
Critique publiée par le

J'ai découvert ce film un mardi soir tout seul chez moi à la télé. J'avais dix ans, et bravant l'interdiction au moins de douze, je me lance dans l'aventure, conscient d'avoir affaire à un film " dangereux " qui va me retourner les tripes. Je suis tout seul, je suis jeune, il fait nuit.

Eh bah non. Que dalle. J'ai passé deux heures dans l'ennui le plus total. J'ai trouvé les personnages aussi stupides que la bête qu'ils traquent et le design du cockpit de " Mother " est complètement ringard !

Déçu, j'étais.

Ensuite j'ai vu le 3 en salle, et le 2 à la télé et c'est là que j'ai commencé à formuler des théories sur les mécanismes de la peur au cinéma, et sur la pertinence d'une mise-en-scène plutôt qu'une autre. ( Surtout qu'entre temps j'avais eu affaire aux Predators : " Haaa ! Voilà un monstre intelligent ! " )

J'ai eu l'occasion de revoir le 1 parce que je m'étais enregistré la Trilogie en cassette VHS sur CinéCinémas, et qu'une trilogie privée de son Opus 1, si peu marquant fut-il, n'était pas de mon goût.

Alors voilà, j'avais mon coffret fait-main, et je trouvais malgré tout les dix premières minutes sympa, grâce à la photo, mais franchement à côté des deux autres, il se fait torcher le fion.

Heureusement, Jean-Pierre Jeunet est venu remettre tout ça en perspective, en pondant La Résurrection : le plus totalement merdique de la galaxie.

Maintenant que reste-t'il du 1 ?

Tout d'abord, je salue deux idées.
En premier lieu celle de Dan O'Bannon sur le principe des Space-Truckers. L'équipage se constitue essentiellement d'une bande de beaufs en salopette qui se plaignent de leur condition sociale, de la paye, de la bouffe, etc... Finis les pyjamas design et le langage crypto-geek technique du genre ultra codifié qu'est le Space Opera ! Mais en vrai, ça n'a rien de révolutionnaire : Dan avait déjà mis le couvert aux côté de Carpenter dans Dark Star donc on a quand même affaire à du recyclage, mais de bon ton.

Ensuite, le démentiel Hans Rudi Giger s'est surpassé dans le design tortueux de la bête dans toutes ses étapes ! œuf, face-hugger, bébé alien, tout ça c'est de la SF crado pur jus, et ça défouraille.

"Mais alors, me dit-on, Mike, tu l'aimes ce film, vu que tu dis tout le bien que tout le monde en pense ?"

Que Nenni. Là ou ça devient pénible, c'est que Ridley est un incapable chronique, exempt de toute subtilité et hermétique à la notion de premier-degré bien géré.

De Dan O'Bannon il prend les grandes lignes des personnages sans franchement les travailler au delà de leur utilité immédiate.
C'est pourquoi Ripley finit en p'tite culotte. Pour être fragile. Sinon il sait pas comment mettre en scène cette idée.

Et de Giger il prend le design du monstre, mais pas les implications et connotations qu'il implique. Par exemple, un des principes de Giger était que le monstre grandissait en cannibalisant le vaisseau et en incorporant les éléments à son corps. Ce qui explique son look bio-mécanique bizarre et envoûtant. Un truc à la Cronenberg, carrément ! Ridley s'en tamponne le coquillard, il veut juste choquer vite fait les honnêtes gens.

Du coup chacune de ses interventions tend à mettre l'accent sur le champ lexical du domaine qui l'intéresse dans la scène. Je vais fournir un exemple sorti de ma mémoire.
Scène de repas :
- Aah la vache j'ai faim !

- Aah c'que j'ai faim !

- J'ai vachement faim !

- Aah c'est dégueu ce qu'on mange ici !
- Aah le premier truc que je fais en rentrant sur terre c'est de m'envoyer un bon gueuleton !

- Aah manger c'est bien !

PAF ! John Hurt il a un truc qui sort du ventre ! Whoaw pipi culotte quoi !..
Pourtant on peut pas dire qu'on était pas prévenu !!

Ensuite, en partant à la recherche de la bête, Tom Skeritt se fait dézinguer dans les conduits d'aération, et il y a une ellipse complètement insensée : il crève pendant que ses équipiers l'écoutaient au Talkie-Walkie, et là CUT, Yaphet Kotto dépose ses affaires sur une table en déclarant : " c'est tout ce qu'on a retrouvé de lui. " Moi je dis Bullshit ! Qui c'est qui est allé dans les tuyaux récupérer tout le barda après le drame ??
- Yaphet, tu vas y aller, parce que tu es le moins gradé vu que tu es noir.
- Oui missié !

Foutage de gueule !

Le film continue quand même, et tente les scènes de suspense les plus totalement nulles des seventies. La palme revenant à la scène de Harry Dean Stanton qui reste 2 minutes sous un filet d'eau avant d'enfin se faire attaquer comme un con !
 Il y a aussi le coup du AAAH-J'AI-PEUR-ah-non-c'était-le-chat qui, si ma mémoire est correcte, intervient deux fois au cours du film. Même pour l'époque je trouve ça naze, alors imaginez aujourd'hui...

Il faudra attendre Cameron et son Aliens de premier ordre pour vraiment utiliser la peur viscérale de l'Alien tout du long, et Fincher/20th Century Fox* pour obtenir une sorte de propos extérieur au film sur la figure du mal que représente évidemment la bestiole.

Alien est un film résolument raté dans sa confection alors qu'il use de bons tissus, ce qui est impardonnable.



* On sait tous que Fincher l'a désavoué et que Fox tirait les ficelles dans tous les sens, mais il demeure bien plus intéressant que celui de Ridley Scott.

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