Un film en bêton armé !

Avis sur Amer béton

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La Présentation

Amer Béton est un film d'animation réalisé par Michael Arias (faisant de lui, le premier américain à réaliser un film d'animation japonais) adapté du manga homonyme de Taiyo Matsumoto, animé par le Studio 4°C et sorti en 2006.

Le film se passe dans la ville fictive de Trésor-ville, où nous suivons deux frères orphelins qui se font surnommer les Chats, Noir et Blanc dont la réputation au sein de la ville les précèdent !

À un tel point, que des yakuzas, en particulier Hebi dit le serpent, veulent se débarrasser du duo pour changer le quartier pour y mettre un parc d'attractions !

La Plongée dans l'enfance

Dès le début, le film nous installe dans notre enfance, où dans nos villes de nos enfances, nous imaginions certains univers épiques que nous interprétions comme la réalité pour passer d'un enfant à un héros, un ninja ou peu importe.

Il n'y avait aucune contrainte du temps de notre enfance, la seule limite était celle de notre imagination, amenant une liberté qu'adulte nous luttons à atteindre, car comme le dirait Sartre, nous sommes condamnés à être libres et seul responsable de nous-mêmes.

Amer Béton ne dépeint pas tant l'enfance en tant que telle, que l'effet qu'être un enfant produit !

Mais ce film n'est pas tant destiné aux enfants, qu'aux adultes même si le début ressemble à une fusion entre Dragon Ball et les Goonies où les enfants vivent un rêve éveillé, où Blanc et Noir sont au-dessus des normes de la société avec en parallèle une certaine solitude du fait de ne pas avoir de parents et un isolement de Noir prêt à devenir le pire des démons, pour ne pas que son petit frère ne soit affecté par les ténèbres de cette société !

Au-delà de la tendance naturelle d'un grand frère de protéger son petit frère, la suite du film, nous laissera entendre que Noir a eu une enfance des plus difficile … de ce fait, il offre à Blanc, l'enfance qu'il n'a pas pu avoir … pour ce faire, il se dira qu'il devra tuer tous les yakuzas pour ne pas que la ville change quitte à se sacrifier et quitter Blanc, alors que celui-ci est le seul à pouvoir se débarrasser des démons de Noir (tandis que Blanc a besoin de Noir pour lui faire prendre en maturité ainsi que pour lui faire garder les pieds sur terre, ayant la tête dans les nuages) !

De plus, Blanc ayant 11 ans et Noir surement 13 - 14 ans, ils ne sont presque plus des enfants, mais des adolescents dont le regard de la réalité changera par le fait de grandir, comme la ville sur le point de changer ...

En effet, la ville a elle aussi une importance primordiale, étant isolée naturellement pour donner l'effet d'un cocon avec des lieux minutieusement disposés pour servir leur symbolique comme par exemple : la maison de Blanc et Noir se trouvant au bord de la mer en sachant qu'ils veulent partir à la mer, mais seul la traversée du pont peut leur permettre de pouvoir avoir une chance d'aller à cette fameuse mer de sable blanc ...

Alors que le bureau de Serpent est à l'extérieur de la ville sur une tour surplombant l'autre rive pour signifier que l'étranger de Trésor-Ville vient isoler par son influence la ville amenant une double isolation arrivant même à transformer le cocon, en ville où un malaise diffus frappe Noir et le spectateur par sa ressemblance et toutes ses différences par rapport à la Trésor-ville du début du film ...

La forme de la ville qui est un œil, a elle-même un sens avec les thèmes du film de la perception avec l'ouverture des chakras et le bouddhisme, même l'aspect de la ville ressemblant à une caisse à jouet où l'enfance peut subsister et où des indices sont présents dans chacun des plans amènent de la personnification subtile à l'ensemble des personnages participant encore plus à la qualité de l'œuvre (comme la copine de Kimura qui a des magazines et des posters de mode ainsi qu'une pile de vêtement en face d'une machine à coudre nous faisant comprendre qu'elle est surement styliste ou couturière) !

Amer Béton est donc comme vous pouvez le constater, un film profondément inscrit dans la culture japonaise, en effet, de nombreux indices distillés tout du long du récit permettant ensuite à la fin de pouvoir discerner le fond de l'anime en collectant les différentes pièces du puzzle jusqu'à y voir une allégorie du ying et du yang, blanc ne peut vivre sans noir, comme noir ne peut vivre sans blanc et c'est seulement à ce moment-là que Blanc et Noir, comme Kimura (qui a d'ailleurs le spleen des yakuzas de Kitano) l'aurait voulu, peuvent atteindre un paradis de sable Blanc !

Ce paradis de sable blanc représente aussi bien leur avancée dans la vie, que même si le monde de leur enfance a bien changé, les frères peuvent toujours aller de l'avant dans un autre monde pour y trouver leur bonheur !

L'animation

L'animation de ce film m'a tant fasciné que j'ai regardé le making of du film pour découvrir les secrets de ce métrage qui ne montre pas des expérimentations aussi poussées au niveau du découpage que Masaaki Yuasa dans son adaptation d'une autre œuvre de Matsumoto, Ping Pong, mais la manière d'animer est originale.

En effet, on passe d'une patte assez classique dans la lignée du trait vertigineux de Matsumoto, pour ensuite partir sur des passages en crayonné ou en aquarelle pour retranscrire du mieux possible l'impact que doit avoir la scène à son public, tout cela avec un souci du détail qui peut s'expliquer par les nombreuses photos que le réalisateur, Michael Arias a fait avant même de s'attaquer à ses storyboards !

Le film détient un souci du détail impressionnant, mais ce qui m'impressionne le plus n'est pas tant ce qu'on nous montre, mais la façon dont on nous montre l'univers de Trésor-ville, alternant les points de vue, les angles, l'utilisation de la première personne, etc.

De plus, le film trouve un équilibre entre l'utilisation d'animation 2D et 3D, car le film utilise les avantages de l'animation 3D pour servir son propos tout en ayant toujours recours à des illustrations faites mains pour que la 3D ne prenne pas le pas comme dans les animes de Polygon Pictures (Knight Of Sidonia, Ajin, Blame!) ou encore le dernier anime Berserk qui n'utilise que de la 3D et ça pique aux yeux, d'autant plus que les couleurs sont ternes ce qui, quand on doit adapter des œuvres comme Berserk qui même s'ils sont sombres, ont sur leurs illustrations officielles des couleurs pétantes !

La Musique

La B.O est composée par Plaid, un groupe anglais proche du réalisateur Michael Arias et qui arrive à capturer l'essence des différents endroits notamment grâce au rapprochement du groupe avec le réalisateur, faisant en sorte de les éclairer sur ses intentions et ce qu'il imaginait en terme musical.

De ce fait, les morceaux accompagnent l'ensemble des scènes jusqu'à ne plus pouvoir quitter ces fameuses scènes tant ils se nourrissent de l'un l'autre !

Je tiens aussi à féliciter Mitch Osias qui s'occupe des bruitages ainsi que des sonorités ambiantes au sein de la ville, le making of du film nous montre qu'Arias et Osias ont exploré les endroits qui ont inspiré certains lieux du film pour retranscrire au mieux l'atmosphère si particulière des villes japonaises où le No Future du cyberpunk qui me tient si à cœur, est remplacé par un humanisme et un profond respect pour les traditions qui doivent selon moi, être gardés en dépit du modernisme pour ne pas perdre nos racines !

La Conclusion

Amer Béton se place selon moi, parmi les grandes œuvres de l'animation japonaise par son animation audacieuse, son aspect punk qui ne sera pas s'en rappeler Akira, sa narration poétique et onirique, sa tendresse dans la manière de traiter l'enfance et l'entrée dans l'adolescence avec ces changements de perspective ainsi que du conflit concernant le besoin de changer et le désir de rester le même, etc.

Pour conclure, Amer Béton est un film sur le passage de l'enfance à l'adolescence montré avec un humanisme des plus touchants !

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