Michael Bay seal of approval. Si.

Avis sur American Nightmare 3 : Élections

Avatar Biggus Dickus
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American Nightmare, c'est avant tout un concept très fort, mortel, monstrueux, un rêve de scénariste: au prétexte fallacieux de permettre au peuple d'évacuer son agressivité, le gouvernement américain rend tout crime légal lors d'une nuit de purge annuelle.
Je me suis dit: mais ça va être énorme! Et puis l'affiche, le titre... American Nightmare: Elections. Les élections, l'ordre démocratique, après une parenthèse d'une nuit d'apocalypse. C'est classe comme opposition. Malheureusement, j'espère que les 2 précédents opus sont plus intéressants que cette bisserie mal fagotée.
D'abord, AN3 se donne des airs de film d'épouvante. Ce n'en est pas un. On n'a jamais peur dans Elections. Parfois on sursaute, car le film est truffé de jumpscares débiles, mais la vraie peur? On ne la ressent pas. Elections contient trop de passages obligés, trop de clichés, pour qu'on puisse éprouver le moindre suspense. Vous saurez dès le début qui mourra, qui prendra cette bonne vieille balle à l'épaule, et qui survivra à cette nuit d'horreurs. Même les éléments qui semblent être présentés dans la bande-annonce comme des nouveautés scénaristiques tombent complètement à plat. Des types malsains viennent du monde entier faire du "tourisme de la purge" pour massacrer dans la joie? Cool story bro, mais ça aurait été intéressant de creuser le concept un peu plus loin que de juste filmer pendant une fraction de seconde un méchant serbo-croate qui arrive dans l'aéroport en criant avec un méchant accent de l'Est "on va purrrger!". Les purgeurs les plus acharnés mettent des masques horribles façon sbires du Joker? Et alors?
Le sous titre du film c'est Elections. Effectivement je dois admettre que la trame du film tourne autour d'une opposition entre la gentille candidate sénatrice qui pense aux pauvres petites gens, et les méchants conservateurs bigots assoiffés de sang et cons comme des rednecks. Je me suis demandé: mais comment le candidat conservateur, grand méchant du film, qui est un pasteur grenouille de bénitier, a pu faire avaler au peuple américain pendant des années que c'est au nom de dieu qu'il faut laisser aller ses pulsions meurtrières ainsi et qu'il est parfaitement logique de faire des sacrifices humains en célébrant une messe? Certes, on parle de la nation qui est sur le point de mettre un fou dangereux dans le bureau ovale. Certes, on ne va pas rentrer dans un débat théologique non plus. Mais tout de même la pilule semble dure à avaler pour un américain moyen, et vous savez comme moi ô combien les chrétiens détestent la pilule. Trêve de calembours douteux.
Autre chose: la purge existe depuis des années et des années dans le film. Un événement pareil ça doit marquer profondément le pays qui le subit, tout le long de l'année. On ne nous montre pourtant que la nuit de la purge. Ni l'avant, avec la peur dans les visages, les tensions qui montent entre individus et groupes, les tentations de vengeance; ni l'après, ses conséquences dans le quotidien, l'environnement, dans les rapports entre les gens qui semblent être exactement les mêmes que dans notre monde à nous. Depuis le temps, tout le monde doit avoir un meurtre ou un crime à venger dans cette Amérique devenue folle, mais tout le monde s'en bat les couilles. C'est pas très intéressant.
Et puis au final tout ça c'est la faute à un scénario indigent. Tenez par exemple: les premiers méchants du film, c'est pas bien folichon hein. C'est pas la bande de motards ultra violents de Mad Max, c'est pas les pillards de Dawn of the Dead ou la foule déchaînée dans Fury (celui de Fritz Lang, pas le truc avec Brad Pitt) ah non non non. C'est juste une petite pétasse pourrie-gatée qui se fait gauler par l'épicier quand elle essaye de lui chourer un sneakers; et du coup elle revient la nuit avec plein de copines, sapées comme les putes de Sin City, pour cramer sa cahute et récupérer son sneakers. On n'y croit pas une seconde. Sinon les autres méchants c'est une bande de mercenaires qui sont certes slovaques, patibulaires et estampillés white power, mais qui visent aussi mal que des Stormtroopers. Pas top non plus.
Alors certes il y a bien quelques fulgurances visuelles bien choisies: le mémorial de Lincoln souillé par un immense tag "PURGE", une bonne femme qui chante une comptine en regardant un cadavre brûler sous ses yeux, ou encore la scène d'intro qui voit une famille se faire massacrer au son de "We got the funk"; et puis il faut le rappeler, le concept est franchement génial et tellement prometteur. Mais c'est clairement pas suffisant pour faire un bon film, le reste c'est vraiment mal branlé, filmé sans génie, sans volonté, si ce n'est celle de vendre le plus de pop-corn possible. Le film dure près de deux heures mais faut bien comprendre que y a autant de ralentis que dans un Zack Snyder, donc c'est assez putassier et dur à supporter... Et puis du coup je m'interroge: ce 3ème opus est-il le vilain petit canard de la série ou bien est-ce depuis le début que la franchise American Nightmare gâche son concept de folie? Ou bien est-ce que ce coup-ci le cameraman était juste constamment en train de remonter son futal?
Et puis j'ai vu que Michael Bay a coproduit le film. Ca a du jouer sur la note d'intention finale, forcément. AN3, faux film d'épouvante, thriller bateau et film sociétal poussif, ressemble trop à un machin bâclé emballé pesé sans trop se poser de questions. Au final c'est juste un film débile qui pourra éventuellement vous défouler en fin de soirée en regardant d'un oeil. Mais n'en attendez rien d'autre. On en a fait d'autres des films, de très bons films, sur les violences collectives, les massacres en tout genre, leurs acteurs et les motivations qui les animent. Mmh... Gangs of New York?

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