La Chute

Avis sur Andreï Roublev

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Alors que le premier personnage du film tente de s’envoler, qu’il y parvient un bref instant, et semble initier de nouveaux sentiments, la gravité reprend ses droits ; il s’écroule.

Alors que trois moines cheminent tranquillement un coin de nature paisible, leur marche se fait course quand la pluie soudain s’abat.

Alors qu’un groupe d’homme s’esclaffe enfermé dans une maisonnette, à l’arrivée d’étrangers, l’ambiance retombe à plat.

Alors que Kirill arrose égoïstement son ambition, il ne récolte en fait rien d’autre que déception.

Alors qu’une femme précédemment aimée passe devant Andrei, son regard plein de honte retombe vers le sol.

Alors que la foi tente de grandir en chacun, de son omniprésence, le monde féroce l’écrase.

Tout n’est que chute.

Depuis la genèse, tout n’est que chute.

Au milieu de l’étrange Création, Andreï Roublev représente la droiture déséquilibrée : quelqu’un de bien trop bon servant d’ancrage pour le spectateur. Comme tout bon héros de film, il synthétise l’humanité dans tout ce qu’il y a de meilleur. Dans un passage d’une absolue splendeur, le personnage évoque le Christ, venu pour réconcilier l’Homme avec Dieu. Ce message, perçu avec évidence comme étant universel, amène alors l’objet du film. Si tout le monde doit être réconcilié avec Dieu, c’est que tout le monde s’en écarte. Ainsi arrivera l’inévitable, Andrei se chassant lui-même d’Eden.

La confrontation entre la pureté et l’immoralité, entre la foi et la lâcheté, est des plus ahurissantes.
Pour celui qui saura les accepter et les apprécier, les 3h du long métrage se dévoileront presque tétanisantes. D’une lenteur cohérente au propos, la manière dont le rythme est géré est constamment maîtrisée.

Si la narration a d’abord l’air de s’enfermer dans un contexte purement poétique et philosophique, les surprenantes séquences s’en écartant ne seront que plus fascinantes à contempler. (voir par exemple le chapitre « l’invasion »)

Récit d’aventure et d’humanité, de foi et de questionnement, de paix et de guerres, à tout instant le grandiose s’impose.
Telle une cathédrale, on a affaire ici à l’immensité et la beauté.

Fondé sur différents types de chutes, Andrei Roublev démontre avec brio que le Septième Art laisse place à des œuvres qui, elles, restent au sommet. Il fait partie de ses rares films qui paraissent encore trop grands, trop ambitieux, trop parfaits.

Alors que ce n’est que son deuxième long métrage le maître a déjà frappé. Maintenant, à nous de nous incliner.

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