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Appelez-moi Kubrick par Melvin Zed

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Le film de Brian Cook démarre vraiment bien, deux punx se promènent dans une rue de Londres, en parallèle on suit les discutions d’un couple de vieux bourgeois dont le fort accent londonien nous rappelle, en plus rupin, les parents d’Alex de ClockWork Orange. Les deux punx frappent à leur porte et exigent de parler à Stanley Kubrick ! Devant l’étonnement du notable qui ouvre sa porte, ils forcent l’entrée et finissent par se faire ramasser par la police en hurlant que Kubrick leur doit de l’argent… Cocasse… mais cette cocasserie, à force d’être répétée (et ce, de manière de moins en moins inspirée) finira par noyer le film dans la caricature.
Contrairement à la première apparition d’Alan Conway (dans un bar huppé, filmé en travelling arrière, entouré de clients) qui reprend un gimmick célèbre du défunt cinéaste, il ne sera plus vraiment question de Kubrick dans le film, mis à part l’utilisation de la musique de ses films, on y suit la trajectoire pathétique d’un imposteur qui, renonçant à sa propre identité, en cherche une autre… une autre tellement incroyable que cela satisferait ses aspirations à la célébrité…
Les motivations de cet imposteur qui a réellement existé et qui est décédé quelques mois avant le réalisateur restent troubles… D’un côté s’il semble se renier et rejeter sa personnalité, ses impostures lui servent d’abord à assouvir des besoins plutôt triviaux (recherche de partenaires sexuels, avoir des coups gratuits au bar, être promené dans des hôtels luxueux…). Alors ce film qui accumule les scènes quasi identiques sans qu’il n’y ait ni progression ni recul sur la psychologie du personnage finit par reposer uniquement sur la prestation de John Malkovitch. En roue libre, il ne semble pas vraiment savoir que faire de son personnage et finit par cabotiner honteusement en gay dépressif et excentrique. Alan Conway, le vrai, était quelqu’un de plutôt sombre et effacé, Cook en fait un être tout en couleur… « Le vrai Alan Conway n'était guère impressionnant. Il portait toujours un costume trois pièces assez classique, assez sombre, ce qui ne faisait pas de lui une figure cinématographique assez originale, assez attrayante. C'était quelqu'un finalement d'assez terne. Avec John, nous nous sommes donc mis d'accord très vite sur le fait que le personnage devait être plus lumineux, plus délirant et nous avons choisi de nous nous axer vers une satyre dépassant la réalité, plus une comédie qu'un simple récit biographique, notre impératif étant que les spectateurs s'amusent. Ce qui me semblait primodial c'était de le comprendre, de cerner ses motivations, après ce n'était pas dramatique de pousser la caricature, d'autant plus qu'il m'est surtout apparu comme étant un incroyable mythomane qui a profité des autres durant toute sa vie, qui se transformait régulièrement pour mieux piéger ses interlocuteurs. » Il s’agit probablement d’une erreur de la part de Cook de penser que ce personnage avait besoin d’un cadre « flamboyant » pour mieux s’exprimer. Il aurait fallu puiser dans la réalité la force d’une telle histoire et d’un tel personnage. L’exubérance de Malkovitch servant uniquement à combler le vide scénaristique du film.
Lorsque Conway est découvert, il continue son imposture en jouant le malade et en embobinant le médecin très heureux de s’occuper de son cas et qui voit en lui (a l’instar des anciennes victimes de ce faux Kubrick) un moyen d’accéder à la célébrité. Tout ceci aurait pu être passionnant et laisse entrevoir ce que le film aurait pu être, mais laissant son histoire s’engluer dans la gaudriole et la caricature facile, Cook nous fait en fait une imposture aussi minable que celles qu’il filme : faire croire qu’il avait quelque chose à dire de cette histoire…
En repensant au fait que le film débute sur le logo Europacorp (la boite de production de Luc Besson) on aurait du se dire que ce triste constat était fort prévisible !
Brian Cook s’il signe là son premier métrage en tant que réalisateur est pourtant loin d’être un inconnu ! Il fut assistant réalisateur de Kubrick sur Barry Lyndon (1975), The Shining (1980) et Eyes Wide Shut (1999)… Il fut aussi premier assistant sur de nombreux films prestigieux (The Year of the Dragon (1985) Flash Gordon (1980) Heaven’s gate (1980) ou encore Orca (1977)).
Il occupa aussi la place de producteur sur son propre film (Colour me kubrick) mais aussi sur Eyes Wide Shut où il a tenu également un petit rôle.

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