Comment peut on rater à ce point une adaptation d'Asterix?

Avis sur Astérix aux Jeux olympiques

Avatar Biggus Dickus
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Mais comment?
Asterix, y a tout dedans, y a des héros charismatiques, des personnages secondaires attachants, des méchants génialement bêtes, un humour anachronique et intemporel, de l'action, des bagarres, des gags bien gras comme des jeux d'esprit tout en finesse, un vrai univers visuel. C'est pas permis de rater une adaptation quand t'as autant de biscuit dans le matériau de base. D'autant plus quand on aligne un casting si prometteur que même un mec comme Astier s'y retrouve cantonné à un quasi-caméo de deux répliques -mais il trolle tout le monde en ayant quand même droit au seul gag drôle du film.

Mais alors autant Mission Cléopâtre c'est une comédie géniale (et seul vrai bon film dans cette série d'adaptations d'une scandaleuse médiocrité) avec une réplique culte toutes les 20 secondes, des acteurs qui s'éclatent, et un gros taf d'appropriation de la BD, autant là... Y a pas deux idées originales dans tout le film. Quand je dis idée, c'est vraiment au sens large du terme. Que l'idée soit drôle ou pas, peut importe en somme (même si en l'occurrence, elles ne le sont pas, de toute façon). Sauf que là, on a un film torché par des gens qui n'en ont rien à faire, qui n'ont pas le sens du gag, qui ne savent pas écrire de bonnes répliques. Qui n'ont même pas le sens du détail, il suffit de voir le faux ventre raté d'Obélix ou d'entendre les bruitages à deux balles pour s'en convaincre. Et ils refilent ensuite cette grosse galère ça à des acteurs surement de bonne volonté (je ne peux pas croire à la thèse du cynisme, j'ai trop de sympathie pour la plupart de ces acteurs) mais qui se retrouvent en pilotage automatique et complètement perdus, n'ayant rien à offrir au spectateur. Le fait que Poelvoorde ait fait une dépression après le tournage en dit long. Rajoutez à cela une impression générale très malaisante de voir qu'ils ont juste gardé les premières prises à chaque plan. C'est bâclé de chez bâclé.

Qu'est-ce qu'on a d'autre de notable?

Déjà, ça crève les yeux l'absence totale de complicité entre Asterix et Obelix, c'est à en croire que Cornillac et Depardieu ne peuvent pas se blairer dans la vraie vie. C'est quand même un POIL embêtant pour un buddy movie. Le duo avec Clavier marchait mille fois mieux quand bien même ce dernier est un des pires cachetonneurs du pays. De toute façon, Astérix et Obélix ne sont là que pour jouer les utilités au profit de Poelvoorde et de l'athlète gaulois insipide dont j'ai oublié le nom. Et bon sang, y a pas un seul personnage secondaire dans toute cette ménagerie de gaulois à part Dubosc en Abraracourcix, et, ô bonne mère, il est mauvais comme un cochon. Comme à son habitude. Il y a bien l'athlète gaulois aussi, j'ai pas compris ce qu'il foutait là, il sort de nulle part, il est complètement fadasse, quasi muet et sans intérêt, c'est, euh, c'est Jason Momoa avec 50 kilos en moins et avec un sourire niais de figurant de pub pour Axa, je trouve pas d'autre comparaison. Et ils osent lui coller une invraisemblable amourette avec la princesse romaine. Jeez. Rendez-nous plutôt la scène de cul sauvage suggérée entre Monica Bellucci et Chabat dans Mission Cléôpatre, quoi.

On est confronté à mi-métrage à une anomalie scénaristique, une course de char poussive qui n'a rien à faire là et qui meuble confortablement 25 minutes de métrage façon course de pods dans la Menace fantôme en plus mou, plus long et avec Poelvoorde à la place de Jar Jar Binks. J'ai pas dit plus insupportable que Jar Jar, mais j'en pense pas moins.

Vu que y a aucune répartie dans les dialogues, aucune réplique un tant soit peu mémorable, on ne peut que subir les tentatives de gags qui ne sont en fait que basés sur une espèce de simili-humour référentiel à deux balles. Y compris référentiels envers les précédents films Asterix, c'est dire si on atteint un degré de méta digne de l'univers Marvel ou d'un Expendables 3. Y a pas de vrai gag, de vrais éléments comiques, de vraies blagues originales en fait. Attendez, jvous montre, y a un gaulois qui s'appelle Francislalannix et qui est joué par Francis Lalanne. CEST UN GAG. Y a ce moment où ils refont la scène du poème au balcon de Cyrano de Bergerac avec Depardieu qui y refait le coup du souffleur comme dans le film de Rappeneau. CEST UN GAG AUSSI, POUR LES PARENTS, CAUTION INTELLECTUELLE DU FILM TOUT CA TOUT CA. Ils refont la scène de banquet au générique avec du gros son West Coast comme dans Mission Cléopatre. CEST UN GAG. Y aussi la même scène de coup de foudre sur une bimbo au ralenti sur fond de musique porno. CEST UN GAG AUSSI.
Et à chaque fois c'est poussif, et c'est raté, et c'est... pff, c'est nul. Et du coup y a pas un seul vrai gag en fait. J'ai vu le film ya 20 minutes, j'ai pas une seule réplique en tête. Y avait pas un seul jeu de mot. Bon sang, Asterix, jeux de mots, quoi. Chaque été les ibères deviennent plus rudes. On ne parle pas sèchement à un Numide. Je suis né trop tard dans un monde trop antique. Le sommeil d'Osterlix. Farpaitement machin a raison, quoi. Au lieu de ça, on retrouve la même flemme globale jusque dans le choix des noms, simple succession de plates allusions pas drôles: Francislalannix, Schumix pour le caméo de Schumacher en conducteur de char, Humungus pour le lutteur romain comme le méchant de Mad Max 2...

Rajoutez à cela d'autres caméos aberrants, mention spéciale la scène finale très gênante du banquet: hop, on y voit Zidane (Zidanix évidemment, pourquoi s'embêter à trouver un nom rigolo, genre... Numérodis, au hasard?) qui fait des jongles et qu'a l'air planté là à pas connaitre son texte (en fait il étale surtout à l'écran sa timidité maladive, ce qui rajoute en plus un côté obscène au film), et hop y a Tony Parker qui se pointe aussi, et c'est n'importe quoi, et puis y a Jamel Debbouze qui fait une arrivée à la George Clinton sur fond de Maceo Parker avec l'air du gars qui va sauver le match à la 95e minute, et du coup même nous on y croit. Sauf qu'il n'a rien à raconter, le pauvre, t'as l'impression de voir une archive compromettante de ses premiers pas en stand-up à la MJC de Trappes, avant qu'il ne nous refasse la scène du phare à On en version mal branlée.

Bon sang, mais qui? Qui est le responsable de cet envasement généralisé ayant été à l'époque le film français le plus cher de tous les temps? Pour rappel, l'a coûté 80 millions, ça fait quasiment un Seigneur des anneaux, sauf qu'à la place t'as un navet flaccide et moche comme un cul tourné en un seul décor dans un stade en placo. Alors voila, derrière la caméra c'est le tristement notoire Frédéric Forestier qui oeuvre, connu d'une certaine façon pour Le Boulet. Quelques années plus tard, les amateurs de genre en ont gardé un ulcère, il charcutera docilement en post-prod' sous les ordres aberrants d'un producteur défoncé, le Colt 45 de Fabrice Du Weltz au point que ce dernier reniera son propre film. ça se pose là. Il faut être un putain de tardos pour confier une adaptation de BD à un type pareil.

Je donne 2 étoiles parce qu'au final Idefix est quand même bien dirigé. Il est bien le seul.

Pour conclure, les Jeux Olympiques est la preuve qu'une bonne comédie c'est surtout d'abord un bon film, avec un montage intelligent, un cadre pensé, un certain soin apporté au visuel... Hélas, dans tous ces domaines, cette anomalie filmique est une catastrophe industrielle. Bref, ce n'est pas du cinéma d'auteur, mais c'est nul et chiant quand même.

Vive la république, et vive la France.

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