La playlist estivale d'Edgar Wright à consommer avec modération

Avis sur Baby Driver

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Depuis la décevante conclusion de la trilogie Cornetto avec Dernier Pub avant la fin du monde, le réalisateur Edgar Wright a fait connaissance avec la machine à broyer hollywoodienne, en quittant Ant-Man à la suite de différents artistiques avec la production. En clair, il ne pouvait pas le mettre en scène à sa manière, donc il est parti s'amuser avec un film à petit budget (34M$) Baby Driver, dont il est aussi le scénariste. Il s'est inspiré du Driver de Walter Hill en le remixant à sa sauce et en le saupoudrant d'une bande originale éclectique, rythmant les aventures en dents de scie de Baby.

La scène d'ouverture est fabuleuse. Baby (Ansel Elgort) attend Griff (Jon Bernthal), Buddy (Jon Hamm) et Darling (Eliza Gonzalez) au volant d'une Subaru rouge flamboyante en écoutant Bellbottoms de The Jon Spencer Blues Explosion. La caméra d'Edgar Wright se focalise sur Baby, pendant que le trio est entrain de braquer une banque. Il entend sa musique à travers les écouteurs de son iPod, bouge au rythme de ce morceau et se permet même du playback. C'est sympa, fun et je me prends au jeu en tapant du doigt sur ma cuisse. Dès le retour de ses acolytes, une course-poursuite s'engage avec la police dans les rues d'Atlanta. Le tempo monte d'un cran et je me régale devant les accélérations, coup de frein brutal et crissements de pneus sur l'asphalte. Cela annonce un film survitaminé, à la musique entraînante et divertissante.

La scène suivante est aussi un régal. Un plan-séquence avec Baby, à la chorégraphie digne d'une comédie musicale avec un ton décalé. Je m'éclate. Ce que je ne savais pas à ce moment-là, c'est que ces deux grands moments seront les meilleurs d'un film qui va finir par perdre toute sa saveur, à cause de sa longue plage musicale, d'un scénario famélique et d'une succession de bruit et de fureur, jusqu'à l'overdose. Certes, le braquage suivant est encore un bon moment, mais on sent un basculement dans le drame qui ne va pas du tout me convaincre avec son schéma des plus classique : le gentil est pris dans l'engrenage et doit rassembler toute son ingéniosité pour venir à bout des méchants qui menacent sa famille et son amie. Le fond n'étant pas séduisant, c'est du côté de la forme que le film se devait de faire la différence.

Au début, c'est amusant puis cela fini par devenir lassant et épuisant. Le film manque de personnalité. Il est à l'image de son héros Baby, dont le profil psychologique est un cliché : il a subi un traumatisme durant son enfance, ce qui explique son mutisme et son côté œdipien en tombant sous le charme de Debora (Lily James), qui est la version jeune de sa propre mère, un peu gênant. Ansel Elgort n'est pas à remettre en cause, ni l'ensemble d'un casting qui est un de ses atouts avec les prestations de Jon Hamm, Kevin Spacey et Jon Bernthal. Ce dernier ne fera qu'une brève apparition et va me frustrer, car il a en lui cette énergie que le film va finir par perdre au fil du récit. Jamie Foxx va prendre la relève, mais c'est juste un psychopathe adorant flinguer tout le monde. Dans le genre, Free Fire était bien plus fun avec ses personnages complètement barrés.

Le film de braquage est surtout une comédie dramatique musicale. Edgar Wright a construit son histoire autour des morceaux qui alimentent l'intrigue. A travers son héros, il donne le tempo en alternant l'action, sa romance et ses états d'âme. Cela va finir par se transformer en une bande originale avec des images dessus. Résultat, on ne vibre pas face aux difficultés que doit affronter Baby. Puis, c'est tellement classique et prévisible, qu'on attend juste que cela se passe, tout en gardant un léger espoir dans le domaine du twist.

Ce n'est pas la surprise de l'été. Je m'attendais à de la folie furieuse contagieuse et j'ai eu un film de consommation classique faussement cool. Les promesses des débuts ne sont pas tenues. Il en résulte une immense déception avec une absence d'émotions, puis d'empathie pour son héros, pourtant sympa.

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