Qui combat par les pépées périra par les pépées

Avis sur Bel Ami

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Troisième film de George Sanders pour Albert Lewin, après son rôle de simili Gauguin dans The Moon and six pence d'après Maugham, et bien sûr Le Portrait de Dorian Gray d’après Oscar Wilde. Comme dans ces deux films d'ailleurs, nous avons le droit au milieu du noir et blanc à un plan de peinture en technicolor flamboyant. Féru d’art, Lewin avait pour l’occasion lancé un grand concours sur le thème de La Tentation de Saint Antoine, parmi les prestigieux participants, comme Dali, c’est Max Ernst qui obtiendra finalement le droit d’être présent dans le long métrage.

Ici, nouvelle adaptation d’un classique de la littérature européenne, mais on traverse la manche pour le charme parisien du roman de Maupassant, et, pour une fois, rien n’est fait pour adapter les détails locaux au niveau culturel des autochtones. Lewin pensait qu’il fallait accepter de miser sur l’intelligence des spectateurs et ne pas tout rabaisser à leur niveau.

Etrange carrière que celle de cet intellectuel new-yorkais sorti d’Harvard, enseignant en lettres, critique théâtral, puis passé assistant sur les scénarios de Vidor et Sjöström, rejoignant le producteur de génie Irving Thalberg avant de se lancer lui-même dans la production puis derrière la caméra.

Six films, six films seulement que ce monsieur scénarisera et réalisera entre 1942 et 1957, six films et puis s’en va, éternellement célèbre dans l’Histoire du cinéma pour son quatrième, le très étrange Pandora qui magnifiera Ava Gardner comme jamais.

Ici, nous sommes en 1947, George Sanders a 41 ans, c’est beaucoup pour le rôle-titre, mais qui d’autre aurait pu interpréter avec un tel cynisme convainquant le héros de Maupassant ? L’acteur, qui méprisait cordialement et son métier et ses réalisateurs, avait un peu moins de morgue quand il s’agissait d’Albert Lewin, pas pour rien qu’il acceptât trois de ses films… ici, nous avons même le droit à un moment précieux lorsqu’il se met à pousser la chansonnette. A peu près tout le monde l’ignorait, mais Sanders avait le talent et les capacités vocales d’un bon chanteur d’opéra, ce n’est pas cette courte chansonnette qui nous fera découvrir toutes les facettes de ce don qu’il sut comme les autres, soigneusement négliger, mais le velouté de sa voix reste un régal.

Dans un Paris joliment reconstitué, Bel Ami gagne sa carrière femme après femme, avec la fatuité qui le caractérise si bien. Autour de lui, John Carradine ne fait que passer, ce sont ces dames qui comptent : Angela Lansbury, qui a décidément déjà la tête d’Arabesque, sera l’amour gâché et Ann Dvorak, son mentor dans la presse.

Pour la couleur locale, c’est Darius Milhaud qui est chargé de la musique, et pour votre édification personnelle, sachez que c’est Robert Aldrich qui est assistant-réal, ce qui au vu de l’extrême propreté du rendu montre qu’il vaut toujours mieux apprendre convenablement son métier avant de l’exploser de l’intérieur.

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