Une spectaculaire course aux maladresses. (Spoilers)

Avis sur Ben-Hur

Avatar Arnaud Lalanne
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J’ignore pourquoi, mais le péplum, genre cinématographique pourtant très prisé par le passé, semble aujourd’hui être devenu l’ennemi public numéro un du 7ème art. Comme beaucoup, je pensais que des films comme le Gladiator de Ridley Scott ou encore le Troie de Wolfgang Petersen allaient en marquer la renaissance. Ce renouveau semblait d’autant plus évident qu’avec les moyens techniques de notre époque et avec un minimum de budget, ces grandes fresques historiques pourraient constituer d’impressionnants blockbusters plus intelligents et ambitieux que la moyenne, et capables d’attirer un très large public. Malheureusement, la vie étant ce qu’elle est, il semble, à l’heure actuelle, que les réalisateurs aient plus à cœur de chercher à moderniser les histoires et à en édulcorer les scènes fortes. C’est ainsi qu’on en arrive à se taper un Exodus, pourtant du même Ridley Scott de Gladiator, qui réussit l’exploit de proposer un passage de la Mer Rouge moins impressionnant que celui des Dix Commandements, datant de 1956 ! Ou ce Ben-Hur, qui malgré quelques bonnes choses, accumule bien trop de maladresses pour convaincre.

Il faut dire que, dès que l’on voit cette première scène montrant une course de chevaux entre Ben-Hur et Messala, on sent tout de suite que quelque chose cloche, cette amorce regroupant à elle seule une grande partie des défauts qui parsèmeront le film. Tout d’abord ce choix de costumes que l’œil distrait aura bien du mal à différencier d’un ensemble jean/chemise du vingtième siècle. Tout comme, un peu plus tard, le look dreadlocks d’Ilderim, littéralement hors-sujet, qui ne manquera de faire grincer encore plus de dents. Dans la même optique, j’avoue également avoir quelques griefs contre l’imagerie de ce Ben-Hur 2016, trop propre à mon goût. Je sais bien qu’à l’ère de la HD et qu’avec l’arrivée de la 4K, de plus en plus de monde est à la recherche d’une qualité d’image toujours plus optimale, mais cela signifie-t-il qu’un film se doit de céder systématiquement à la culture du beau, au détriment d’une immersion qu’un rendu plus « sale » aurait sublimé ? Je ne le pense pas.

Autre élément qui interpelle assez vite, ces voix off en partie destinées à raconter les évènements sur lesquels le long-métrage ne souhaite pas prendre le temps de s’attarder qui, souvent posées sur d’autres dialogues en arrière-plan, rendent ces séquences confuses et frustrantes. Un vrai souci de mise en scène accentué par un montage expéditif et parfois même elliptique, trahissant cette désagréable volonté de raconter une histoire trop longue en trop peu de temps.

Et puis il y a ces acteurs. Ce panel d’acteurs insipides qui ne livrent pas nécessairement de mauvaises prestations, mais dont le charisme, inexistant pour beaucoup d’entre eux, nuit un peu à l’empathie que l’on est censé éprouver pour eux. Bon, Jack Huston n’est pas trop mal en Ben-Hur, et forme un couple plutôt sympathique avec la très mignonne Nazadin Boniadi en Esther, mais souffre forcément de la comparaison avec le Charlton Heston de 1959. Quant à Toby Kebbel, il campe un Messala bien trop lisse, ce qui est d’autant plus gênant dans une version cherchant particulièrement à mettre en valeur la relation entre les deux frères ennemis (…ou pas !). Alors oui, il y a aussi Morgan Freeman, qui au-delà de son look improbable, s’illustrera surtout dans sa motivation à essayer de parasiter la grande scène du film, la course de chars, par l’intermédiaire de fréquentes et inutiles apparitions, où il réalise l’exploit de faire entendre ses directives à Judah Ben-Hur malgré le bruit du galop des chevaux, des chars qui s’entrechoquent ou se cassent, et de la foule en délire qui hurle à pleins poumons. Mais bon, j’imagine qu’il fallait bien justifier son cachet.

Reste pourtant un scénario où tout n’est pas à jeter. On a même droit à quelques scènes brillantes comme celle des galères Romaines ou les apparitions de Jésus, plutôt réussies. De même que la trahison de Messala, plutôt efficace dans les émotions véhiculées, malgré mes quelques griefs à l’encontre de certains acteurs cités plus haut. Mais là encore, de nombreuses maladresses viennent ternir le tableau, la course de char en tête, trop sage, et détroussée d’une partie de ses enjeux, encore une fois par un excès d’épuration malvenu. Mais le clou du spectacle reste encore cet invraisemblable dénouement en happy end, mièvre au possible, semblant tout droit sorti d’un dessin animé bas de gamme, ayant fait éclater de rire l’ensemble des spectateurs présents dans la salle. Car en fin de compte, que nous raconte ce Ben-Hur façon Timur Bekmambetov ? L’histoire de deux jeunes gens qui aimaient s’amuser et faire des courses de chevaux ensemble. Et à l’arrivée, en dépit de tout ce qu’ils ont vécu ; sortis du fait qu’ils ont passé une partie de leur vie à souhaiter la mort de l’autre ; ou malgré le fait que l’un ait fait vivre un enfer à la famille de l’autre pendant plusieurs années, et ce sans l’ombre d’un regret… Rien n’a changé. Ils n’aspirent toujours qu’à s’amuser et à faire du cheval ensemble ; Judah poussant même le vice, en fin de film, jusqu’à privilégier ses sentiments envers son faux-frère, en lieu et place de sa sœur et sa mère, qu’il croit pourtant à ce moment-là toujours condamnées, en dépit des nombreuses années de sa vie passées à, littéralement, galérer pour les retrouver.

Et ce petit résumé s’avère très symptomatique de ce qui ne va pas dans ce nouveau Ben-Hur. Qu’il s’agisse de cette histoire remaniée de façon maladroite à laquelle on a trop souvent du mal à croire ; de cette mise en scène gâchée par une durée trop courte et un montage trop expéditif ; ou encore de ce souci du détail quasi inexistant, qu’il s’agisse du choix des interprètes, des costumes ou de l’imagerie du film. Et malheureusement, à l’exception de quelques éclairs, mais dans la lignée de sa décevante course de chars, nous ramenant au semblable échec d’Exodus lors de son passage de la Mer Rouge, ce Ben-Hur ne réussit que trop peu de choses pour redorer le blason du péplum tel qu’on aimerait le retrouver.

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