Mais qu'est-ce qu'ils ont à Hollywood ? Ce nouvel avatar permet de se rendre compte avec inquiétude de la carence de bons scénarios et de bonnes idées, puisqu'ils en sont rendus à faire remakes, reboots, prequels et sequels... jamais on n'en a vu autant ces derniers temps, entre les Sept mercenaires, Exodus ou la Momie... ça n'arrête pas.
Difficile de justifier ce remake qui n'est pas prêt de détrôner la version 1959 réalisée par William Wyler ; il n'est pas utile, il est coûteux (et n'a pas rapporté autant qu'il le devait), et rempli de Fx numériques qui n'apportent rien de remarquable, c'est ça le pire. Je pensais qu'avec ces moyens technologiques modernes, on pouvait au moins se fendre pour faire un truc qui dépote, mais non même pas, c'est affligeant ! Alors après, on va me dire que je ne fais que défendre le cinéma à l'ancienne, celui dont Hollywood maitrisait tous les paramètres et soignait parfaitement la réalisation, mais quand je vois ce résultat, y'a pas photo, en plus, des chefs-d'oeuvre comme Ben-Hur ou les Sept mercenaires, c'est presque sacré, on devrait pas y toucher.
Ce film souffre donc d'un manque évident dans les relations entre les personnages, spécialement la relation Judah - Messala qui est totalement ratée, et qui vous fournit une fin consternante, avec une réconciliation entre les 2 frères ennemis, non mais j'hallucine ! On voit bien que les auteurs n'ont rien compris, on sentait bien de toute façon que l'antagonisme entre Judah et Messala était très faible, alors que dans la version de 59, les 2 personnages se détestaient vraiment, leur amitié ancienne était morte et enterrée, le tout accentué par le jeu des acteurs qui était bien plus intense et rageur. Ici, on dirait de la chamaillerie de sales gosses, c'est vraiment du n'importe quoi.
Autres points négatifs : des dialogues insipides, des personnages sans profondeur et trop jeunes, je sais qu'on veut du jeunisme mais quand même... le casting est d'ailleurs peu relevé, sans aucun charisme, c'est rien à côté du regard de vautour de Stephen Boyd et du visage sculpté dans la pierre de Charlton Heston. Seul Morgan Freeman est bon, malgré son improbable coiffure de rasta antique. Il y a aussi le choix de montrer Jésus ouvertement et la tentative maladroite du message religieux ; dans la version de 59, Wyler avait choisi de ne le montrer que de dos, et ce message était beaucoup plus discret.
Même si c'est très plat et très convenu en terme de réalisation, je retiens quand même la scène des galères où le réalisateur opte pour une approche filmée du point de vue des esclaves coincés dans la cale, techniquement c'est pas mal. On en vient à la scène qui déchire tout dans la version de 59 : la course de chars tant attendue ; même ça ils le ratent, ou disons qu'ils font beaucoup moins bien, malgré les moyens techniques d'aujourd'hui, y'a quand même des questions à se poser ! On ne ressent aucune intensité dans cette scène, son rendu quasi copié-collé ne procure aucune émotion, rien n'est magnifié, c'est d'une banalité affligeante...
Le film ne rend donc pas hommage à son illustre aîné, tout est bancal, incomplet, mal foutu, convenu car il lui manque l'essentiel : un vrai souffle épique, et aussi une vraie partition musicale pour enrober le tout, c'est bien simple, je l'ai déjà oubliée, c'est vous dire si elle m'a marquée. Miklos Rosza avait fourni en 59 une de ses plus stupéfiantes partitions, qui donnait un véritable sens à la narration.
Je crois qu' à défaut de 11 Oscars, ce film ne décroche que 11 Razzie Awards. C'est un énième ratage artistique, très significatif pour se rendre compte de l'état de pauvreté intellectuelle que traverse depuis quelques années le blockbuster hollywoodien. C'est désolant.