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Avis sur BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan

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Quelques mots sur le dernier film de Spike Lee.

C’est peu dire que je n’attendais pas grand chose de son dernier film. Le réalisateur ne m’a jamais particulièrement intéressé. De par son univers et de l’image qu’il peut renvoyer. En gros, si je caricature, un défenseur acharné de la cause des afro étasuniens aux USA (c’est bien), mais de manière grasse et peu fine (c’est moins bien).

Mais finalement, le film était plutôt intéressant même s’il ne restera pas dans les annales de l’histoire cinématographique.
Pas besoin de s’attarder sur le scénario, mais rapidement : un flic afro étasunien (Ron) rejoint la police de Colorado Springs et finit par infiltrer le KKK. L’astuce, il discute au téléphone avec un membre du KKK, en se faisant passer pour un blanc, mais c’est un policier, blanc, qui infiltre de manière physique les réunions du KKK (dont les membres sont évidemment portraiturés comme des abrutis-campagnards, mais, potentiellement dangereux).

Globalement, malgré le ton comique du film, je trouve que Spike Lee aurait pu aller un peu plus loin dans ce ton sans dénaturer son film et son propos. Là, je trouve qu’il se situe un peu entre deux points, comme un équilibriste qui essaye de se situer entre l’humour et le sérieux. Personnellement, je préfère un film 100% sérieux ou tourné à 100% vers l’humour qu’un mélange à 50% entre les deux. Une comédie assumée n’empêchant pas d’ailleurs d’avoir un propos critique.
Dans les points qui m’ont un peu gêné, je pourrais aussi citer la relative platitude du film dans son déroulé (ça manque tout de même d’écriture dans la narration et d’épaisseur, au-delà de quelques dialogues et situations amusantes, j’ai eu du mal à être transporté et avoir l’envie d’avancer dans l’histoire) mais aussi et surtout dans la réalisation. Bon, je n’ai peut être pas été assez attentif mais j’ai eu du mal à reconnaître une patte personnelle tant le tout m’a semblé incroyablement générique (pour être méchant je dirais que ça m’a autant marqué qu’un épisode lambda de série).

Ceci dit, au niveau du deuxième plan du film, j’ai trouvé plutôt intéressant le panel de personnages. Notamment ceux concernant les afro étasuniens, entre d’un côté l’étudiante activiste classique à l’attitude (parfois puérile) et au discours formaté pour qui les avancées civiques viendront essentiellement de la lutte de « l’extérieur » (en dressant une barrière avec « l’ennemi ») et de l’autre, l’afro étasunien qui rejoint lui l’intérieur de l’institution oppressive et finira par faire progresser (à son niveau) les choses de l’intérieur (ce n’est pas voulu au départ, « dépolitisé », il prendra davantage conscience de sa situation d’afro étasunien progressivement pendant le film).
Au final, ce qui m’a surpris venant de Spike Lee, c’est que, dans le film, la mise à mal du KKK ainsi que l’arrestation d’un flic raciste, est une conséquence, un résultat, de l’action de l’afro étasunien travaillant pour l’institution policière. Ainsi, il semble montrer que la mobilisation citoyenne est importante, utile, indispensable, mais qu’une action dans le cadre des institutions peut aussi servir cette cause en faveur de davantage d’égalité et de respect.

Dernier point, concernant la fin du film, je crois savoir que nombre de spectateurs ne l’ont pas apprécié, soit car elle n’a pas d’intérêt cinématographiquement parlant, soit car, on peut avoir l’impression, le film ne devait pas marquer trop visiblement son message et sa teneur politique.
Pour ma part, je ne pense pas que cet ancrage documentaire-réaliste soit nuisible pour le film, même si on pourrait arguer que ce n’est pas fait avec finesse. Néanmoins, je trouve que ce passage, « surprenant » pour le spectateur, coupant assez clairement avec le côté comédie (-critique) de l’œuvre dans sa brutale inscription dans le présent est justifié, ou tout du moins intelligible.
Un réalisateur fait un film à une époque donnée, dans un contexte particulier et dans un but précis. Cette conclusion me paraît du coup cohérente avec Spike Lee.

PS : regarder dans un intervalle assez proche Detroit et le film de Spike Lee est assez intéressant. D’un côté un film « sérieux » (lourd ?) et de l’autre une comédie-réaliste évoquant la condition des afro étasuniens aux USA en se centrant sur un événement particulier. Chose amusante, le personnage afro étasunien dans le film de Bigelow, certes, pas flic, mais représentant tout de même un symbole de l’ordre, reste passif pendant tout le film (symbolisant la force de l’institution qui écrase les individus ? Dans le sens où même si des afro étasuniens font partie des forces d’autorité ils ne pourraient de toute façon rien changer ?) alors que du côté de Spike Lee, c’est un bien un afro étasunien actif qui participe directement aux événements (même si la fin montre bien que cela reste une action parmi un cadre global qui ne semble pas avoir fondamentalement changé). Sans doute de la surinterpétation sur un point précis, mais cela m’est venu spontanément en tête.

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