Un mythe conforté

Avis sur Blade Runner 2049

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Blade Runner 2049 n’est pas que la suite de Blade Runner. Pour prendre une analogie musicale, il serait la fugue, et le Blade Runner original serait le prélude. Le prélude est une forme musicale courte, il est doux, et se caractérise par une forme rythmique ou mélodique qui revient plusieurs fois. La fugue au contraire se base avant tout sur le nombre de voix et la polyphonie que cela induit, le thème semble alors fuir d’une voix à l’autre. Les exemples les plus fameux de préludes et fugues sont issus du Clavier bien tempéré de Jean Sebastien Bach.

Dans ce recueil, il y a parfois des préludes et fugues que j’adore, d’autres où je n’aime que le prélude, et enfin d’autres ou je n’aime que la fugue. Il y en a aussi d’ailleurs que je n’aime pas. En ce qui concerne Blade Runner, je n’aime pas le prélude mais je dois dire que j’adore dores est déjà cette fugue qu’est Blade Runner 2049.

Je ne nie pas la dimension mythique de l’original, les jalons posés pour la science-fiction moderne. Toutefois, ce film a mal vieilli, et il y avait sommes toutes des choses à lui reprocher. Au contraire, Blade Runner 2049 est le film dont ma génération avait besoin.

Mais qu’est-ce que ce film ? Encore une histoire d’humains qui ont peur d’être dépassés par les machines qu’ils ont créé. Encore un policier qui doit « retirer » des Répliquants, encore une histoire d’amour paradoxale, encore du transhumanisme. Et pourtant, nulle redondance ici, une simple transformation, une véritable fugue, chaque thème ayant à tour de rôle la prééminence.

Histoire d’amour fascinante entre K et Joi. K le nouveau Blade Runner et Joi, son hologramme à tout faire mais malheureusement désincarné. L’incarnation, la dimension physique est pourtant quelque chose d’important dans une histoire d’amour entre humains même si les relations épistolaires existent. Mais ici, qu’est-ce que l’humanité ? Qu’est-ce que l’incarnation ? Ce que l’on peut toucher ou ce que l’on peut ressentir ? Blade Runner a cela d’intéressant que, contrairement à notre monde, l’humain ne possède pas le monopole de la conscience, des émotions et de l’amour. Alors si ces simples éléments qui différencient les hommes des autres créatures sont maintenant partagés, comment qualifier les interactions entre machines ? Entre hologrammes ?

Ce film est une longue réflexion et une longue contemplation philosophique. Il est servi par des prouesses visuelles, entre réalité et hologrammes. Des paysages d’un Las Vagas vétuste, saturé de poussière et de jaune à l’écran, à un simple arbre, miracle de la nature. D’un paysage enneigé à la couleur grise de la mégalopole de Los Angeles, comme un hommage à l’opus original. Ces voitures volantes sont toujours là, ces robots plus qu’humain aussi. Les frontières entre humains et répliquants sont d’ailleurs toujours plus floues. Mais paradoxalement, là ou dans le premier, on avait des robots qui ignoraient leur condition, ici, ils la connaissent mais se sentent toutefois humains. La question demeure toutefois à chaque apparition d’un personnage s’il s’agit d’un humain ou d’un répliquant. L’analogie Homme/Machine se traduit même entre le code de l’ADN basé sur quatre nucléotides (ATGC) et le code binaire de l’écriture numérique (0 ; 1).

Le casting est formidable, Ryan Gosling était fait pour ce rôle, Harrison Ford n’est plus à présenter. Jared Leto est très crédible en CEO augmenté. Robin Wright est géniale en cheffe de la police. Sylvia Hoeks est effrayante et touchante dans son rôle et enfin, Ana de Armas est enivrante.

La seule faute de goût est le placement de produit un peu douteux, Sony (pour Sony Picture Colombia) ça passe, mais faire voler un Blade Runner en Peugeot, est-ce sérieux ? Même si cela peut avoir du sens dans la manière dont les multinationales surexploitent la planète, déshumanisent. Enfin, la bande originale est formidable et c’est toujours bon d’entendre Pierre et le Loup de Prokofiev.

Suite, film hommage, fugue. Blade Runner 2049 conforte le mythe et s’impose immédiatement comme une référence et sans doute comme l’un des meilleurs films de 2017. Denis Villeneuve continue à me plaire après Sicario et Arrival.

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