Un film comme on en voit qu'une fois tous les dix ans

Avis sur Blade Runner 2049

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L’annonce d’un nouveau film dans l’univers de Blade Runner en avait crispé plus d’un à l’époque, et moi le premier. Objet tant adulé par les fans que finalement méconnu du grand public, on pensait bien le film culte de Ridley Scott épargné par la folie d’Hollywood, à l’abri d’une suite parfaitement inutile ou d’un remake sans cervelle.

Déjà suspicieux quant à l’utilité d’une telle entreprise, les noms qui se sont greffés petit à petit au projet n’avaient fait que renforcer mes doutes sur la qualité même du film. Puis la lumière apparut lorsque le choix du réalisateur retenu pour mener à bien ce navire, que je voyais déjà finir comme le Titanic, fut révélé. Auteur d’un saisissant Prisonners et d’un éblouissant Premier Contact, le simple fait de savoir Denis Villeneuve aux commandes de ce projet a suffi pour m’emballer. La première bande annonce avait d’ailleurs fini de me convaincre qu’il s’agissait bien de l’homme de la situation.

Je pense qu’il s’agira bien là du seul point qui mettra tout le monde d’accord, la réalisation ainsi que la direction de la photo sont à s’en décrocher la mâchoire. Si le Blade Runner de Scott a influencé, entre autre, l’esthétique de la SF telle que nous la connaissons aujourd’hui, celui de Villeneuve lui rend parfaitement hommage et parvint même à s’affranchir de son modèle pour impose une patte, une vision, plus poussée encore.

Si l’on retrouve les décors urbains chaotiques du premier film, agencés tels des labyrinthes, surpeuplés, et éclairés par des murs entiers de publicités organiques, Villeneuve enrichit l’univers de couleurs nouvelles, chatoyantes, et tout aussi stylisées. Le film se déguste avec les yeux, et chaque scène est une occasion de découvrir un nouveau panel d’ambiances aux saveurs uniques. Un chef cinq étoiles pour un menu que nos rétines ne retrouveront nulle part ailleurs !

Mais si le film rend hommage à son prédécesseur, il se perd aussi parfois dans son côté contemplatif. Héritage de son côté film noir, le premier BR était plutôt lent. L’histoire prenait son temps pour se développer et la caméra aimait s’attarder sur les personnages et les décors. En ce sens, il faut reconnaitre que Denis Villeneuve ne trahi jamais l’esprit de l’original. L’affaire est toutefois plus difficile à digérer sur 2h40 qu’en 1h50…

Ici, malgré un scénario aux idées intéressantes et potentiellement fort en questionnement existentiel, l’impression que le film se perd dans une contemplation attentiste de lui-même demeure. La narration, beaucoup trop étirée pour ce qu’il y a à raconter, fait que la tension retombe systématiquement et que le rythme ne s’emballe jamais. Le scénario se refuse à décoller et, un mot comme en cent, on s’ennuie.

La rencontre entre Gosling et Ford, montée comme un tournant majeur du film et attendue comme un véritable climax, cristallise à mon sens tous les problèmes de cette production. Cette fameuse confrontation, si tardive qu’elle en devient espérée, tourne presque au ridicule tant il n’en ressort rien et s’essouffle au bout de trois minutes. Tel Harrisson Ford qui cesse, par dépit, de frapper Ryan Gosling devant l’inertie totale de ce dernier, le film donne sans cesse l’impression de vouloir rester au sol alors qu’il pourrait pourtant survoler toute la production actuelle.

Le pari de Villeneuve résidait dans le fait d’étendre l’univers étriqué du premier Blade Runner, mais autant aurait-il fallu apporter la densité, et l’intensité, nécessaire à la mise en place d’un tel projet. En subsiste un arrière-gout de trop peu face à une histoire convenue à laquelle il ne manquait peut-être finalement qu’une touche de folie.

Côté casting, si l’on retrouve un Ryan Gosling dans ce qu’il sait faire le mieux, à savoir n’afficher aucune émotion, et un Harrison Ford plutôt solide, la prestation de Jared Leto m’a laissé complètement de marbre quand celle d’Ana de Armas restera tout à fait quelconque. Un peu à l’image de son personnage Joy.

Si l’idée première de faire apparaitre un couple de robots tout aussi authentique que des humains aux yeux du spectateur et pertinente compte tenu des thèmes abordés par le scénario, l’exécution laisse pourtant à désirer tant sur le fond que sur la forme.

On ne parvient jamais a réellement s’attacher au « produit » malgré le traitement, parfois trop long, et le développement que le film lui accorde. Pire encore, sa fin, tellement téléphonée, survint dans une indifférence quasi-générale et ne débouche absolument sur rien.

Il en va de même pour le personnage de Wallace, présenté comme le nouveau Tyrell et l’antagoniste principale du film, dont la présence est finalement très anecdotique. Ses discours mi-biblique mi-philosophique, summum de la branlette intellectuelle, m’ont d’ailleurs autant gavé que les délires d’un Lex Luthor dans BvS. A mille lieux donc d’un Roy Batty terriblement charismatique et campé par un Rutger Hauer hypnotique.

A l’inverse, la quête d’identité d’un K tantôt imperméable aux évènements, tantôt perdu et dépassé par les enjeux, est parvenue à me toucher. Le twist concernant sa véritable nature est très bien amené et suffisamment travaillé pour surprendre même les yeux les plus attentifs.
Je pense également que le traitement de Rick Deckard a de quoi rassurer, et même ravir, les fans de la première heure. Outre quelques petites répliques comiques inappropriées, modernité oblige, le personnage reste cohérent et fidèle à ce que l’on connait de lui. La façon dont le scénario le ramène au premier plan est bien trouvée et n’a d’ailleurs rien de gratuit comme je pouvais le redouter.

Un dernier mot sur la bande son, plutôt réussie à défaut d’être mémorable. En reprenant les mêmes types de sonorités que le premier film, le duo Zimmer / Johannsson pose une ambiance rétro-futuriste saturée qui fait très bien le travail mais dont on ne retiendra pas grand chose une fois sortie de la salle.

Que l’on ne s’y trompe pas, même entachés de lourds défauts, Blade Runner 2049 reste un blockbuster comme on en voit une fois tous les 10 ans. Loin, tellement loin, des débauches d’effets spéciaux saupoudrées de vannes tièdes trop souvent acclamées et oubliées le mois d’après ! Il mérite clairement qu'on lui laisse sa chance.

Un film très inégal mais une œuvre à voir, absolument.

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