A la fin du film, la salle s’est mise à applaudir comme si elle venait d’assister à un dernier concert de Queen. Un quart d’heure de son lourd et décapant, un énorme traveling sur un stade de Wembley en ébullition et en totale osmose avec le leader charismatique et très théâtral Freddy Mercury et le public de la salle est convaincue de tenir là son film de la décennie, pourtant il vient de se faire berner…


Le tournage chaotique, avec le réalisateur Bryan Singer qui ne finira même pas le film et les énormes problèmes de prod’ qui l’ont entaché se fait ressentir dès les premières images de cette incursion potache et très frustrante dans l’univers de ce groupe mythique. Ca manque totalement de maîtrise et de ligne conductrice, si bien qu’au final on ne retient que les morceaux de musique entonnés en playback par un Rami Malek qui s’en sort au final plutôt bien, même si la ressemblance physique est très aléatoire, qu’il manque un peu de muscles et que de devoir jouer avec un ridicule appareil dentaire a du bien le limiter dans son champs d’action. Au départ c’était Sacha Baron Cohen (Borat, The Diktator) qui était pressenti pour interpréter la star queer, ça aurait probablement apporté une toute autre crédibilité, même si je le répète, Rami Malek s’en sort remarquablement bien.


Si l’on parvient à faire abstraction de ces soucis de manque d’authenticité et de réalisme, gageure qui au fond s’avère plutôt facile, on s’aperçoit vite que par une réalisation empruntée ne cherchant qu’à mettre en avant des faits, les producteurs à côté de la plaque, le manque de vision des promoteurs, l’entourage parfois douteux, les dérives no limit de Mercury, au détriment des émotions et des sensations dopées à l’adrénaline que l’on vient chercher quand on vient assister à un spectacle rock’n’roll, qui n’a jamais littéralement vibrer aux vrombissements d’un rif de guitare… Certaines redondances sont même carrément énervantes, je pense à ces ruptures de ton qui jalonnent le film à ces moments les plus excitants. Ça en devient même parfois exaspérant.


Alors je n’irai pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’un mauvais film, les scènes de concert prennent vraiment aux tripes, Rami Malek s’incarne tellement dans le personnage qu’on on oublie parfois qu’il incarne une légende, ça en devient presque lui la star de rock, l’ambiance de l’époque est plutôt très bien restituée, mais ça en ait que plus frustrant si l’on imagine ce que ça aurait pu donner avec un vrai metteur en scène derrière la caméra et une toute autre manière d’appréhender cet univers musical sans tomber dans le surfait et les évidences redondantes.


Par contre nul doute, le film va réactiver une certaine passion pour Queen et être le succès de l'année.

Le 2 novembre 2018

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