Another biopic bites the dust

Avis sur Bohemian Rhapsody

Avatar Wallyd Becharef
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Si le film était sorti à n'importe quel autre moment de l'année, il aurait peut-être pu faire illusion. Mais il sort 3 semaines après First Man. Et il souffre énormément de la comparaison.

Je suis de plus en plus fatigué par les biopics. La plupart d'entre eux ne ressemblent plus qu'à des pages wikipedia à peine mises en scène. Et lorsqu'il s'agit des biopics musicaux, il y a un énorme côté attrape-pigeon qui est très énervant puisqu'ils sont toujours construits selon un pattern de greatest hits.

Toutes les X minutes, une chanson est balancée au spectateur fan de l'artiste qu'il est venu voir, et il doit s'en convenir. Pire, il ne doit pas s'offusquer lorsque celles-ci sont coupées dés le premier couplet passé. Cette offense à la musique de ces artistes enlève alors à ces films le peu d'âme qu'il leur restait.

Alors, quelle est la différence entre ce Bohemian Rhapsody et les biopics musicaux français comme Dalida et Cloclo ? Il n'y en a pas. Je dirais même qu'il y a plus d'idées de mises en scène dans Cloclo que dans ce Bohemian Rhapsody. Ces films ne sont pas faits par des passionnés (et même parfois, par des metteurs en scènes), mais par des costards-cravates dans des bureaux et des yes-men sur les plateaux. Je préfère ne pas imaginer ce qu'Edgar Wright aurait pu donner sur un tel projet, je risquerais de pleurer.

Je reviens donc à ma comparaison avec First Man. Pour la première fois depuis très longtemps, un biopic ne sert plus seulement à être une page wikipedia. Il est mis en scène. First Man, c'est 2h30 de trouvailles visuelles, d'intelligence dans la mise en scène. Chazelle raconte quelque chose avec sa caméra, pas seulement avec son scénario. Il y a plus d'idées de mise en scène dans les 20 dernières minutes de First Man que dans l'intégralité de ce Bohemian.

L'autre point énervant de ces biopics musicaux est le personnage principal. Rami Malek n'existe (presque) jamais derrière son maquillage et ses perruques, quand Ryan Gosling est Ryan Gosling, joue comme Ryan Gosling mais en interprétant une personnalité plutôt qu'en faisant un travail de mimétisme.

Puisque le visage de Malek ne peut plus exister derrière tout ça, derrière tous ces artifices à la limite de la uncanny valley par moments, il ne lui reste que son corps. Et oui, sa façon de se mouvoir à la Freddy Mercury est intéressante. Mais le film ne le laisse (presque) jamais pouvoir tout donner. Toutes les scènes de concert sont survolées ou filmées de si près qu'on ne peut apprécier la performance. Et il n'y a qu'au moment du dernier concert que l'on peut enfin être béat devant la performance de Malek qui devient impressionnante parce qu'elle est enfin montrée dans son intégralité. Enfin montrée en plans larges. Enfin montrée dans des scènes qui durent et qui ne sont pas coupées avant même d'être commencées.

Ceci vaut aussi pour le reste. Si Bohemian Rhapsody est un film extrêmement plat, sans la moindre idée de mise en scène, à la réalisation plan-plan et ennuyeuse, il a au moins le mérite de se servir de cette sobriété à partir du moment où Freddy décide de se lancer en solo. A partir de là, et lorsque le film arrête les ellipses ponctuées par l'album Best-Of du groupe, le ton calme et le côté terre-à-terre (et heureusement, parfois proche des visages) de la réalisation permet de véritablement entrer dedans et d'être particulièrement ému. Et alors, que dire du dernier concert, absolument magistral, et qui contient en lui seul plus d'idées que tout le reste du film.

Je m'attendais à un mauvais film édulcoré, j'ai eu un film schizophrène, tantôt allégorie de l'absence de cinéma, tantôt vrai et touchant dans son propos.

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