Chef d'oeuvre d'époque sanglant d'Arthur Penn avec le mythe Faye Dunaway-Warren Beatty. Culte !

Avis sur Bonnie et Clyde

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Tout d’abord, en évoquant le parcours de ces célèbres bandits qui ont terrorisé l’Amérique des 30’s, comment ne pas penser à la chanson que Gainsbourg a écrite, composée et interprétée avec un autre phénomène de la culture française, notre sacré Bibi (B.B.), l’ancienne compagne d’Allain Bougrain-Dubourg (l’actuel président de la LPO France) ? Eh bien, tout simplement, on ne peut pas, et, immédiatement le ton grave et suave de Serge nous revient en tête tout comme l’incomparable voix de Brigitte, et surtout, cette musique pop dont le compositeur en avait le secret.

Sixième long-métrage d’Arthur Penn, « Bonnie and Clyde » fut cet inattendu succès public avant la révolution libertaire qu’a connu le monde en 1968.

Commençons dès à présent avec le générique de début qui présente nos deux personnages, Bonnie Parker & Clyde Barrow.
Ce générique m’a fait penser au début de « Butch Cassidy et le Kid », pourtant sorti trois ans plus tard, avec ce dévoilement des deux protagonistes sous forme d’images d’archives. C’est la même fraîcheur instantanée et le même montage légèrement saccadé. Tout cela participe à cette ‘embaumisation’ et à cet effet kitsch sans doute recherché par le réalisateur Arthur Penn, et donc repris par George Roy Hill en 1970 pour ledit film.

Si le couple mythique Gainsbourg-Bardot (en musique) a marqué les mémoires, le couple de cinéma Faye Dunaway-Warren Beatty également. Ce qui me permet de m’immiscer et de parler du casting convoqué par le metteur en scène de « Little big man ».
Faye Dunaway est si sensuelle qu’elle dégage un parfum doux, inégalable et corsé. Sa magnificence n’a d’égale que sa tragique destinée. Dans la peau de son personnage, elle est cette Bonnie Parker à fleur de peau, romantique et si rugueuse avec ses partenaires. Faye, pour ses premiers pas devant la caméra, s’est vu offrir ce rôle sublime, prestigieux et inégalable. J’en mets ma main au feu si Romy Schneider s’en est inspiré pour jouer dans « La piscine » ! Faye est si incandescente qu’elle brûle les étapes et se prend, pour la première fois de sa carrière, pour une Grande Dame du cinéma. Et c’est pourtant ce qui est arrivé… ! Faye Dunaway ou quand son destin est en marche… . Nominée aux Oscars pour sa première participation au cinéma, elle tournera ensuite pour les plus grands : Norman Jewison, Kazan, Guillermin, Kusturica, James Gray….. .
Warren Beatty, lui, s’offre le rôle de Clyde Barrow le repenti. Ce n’est pas qu’il est charismatique mais il possède un charme si ravageur que la première demoiselle qu’il croiserait tomberait sous son charme ! Beatty offre une prestance agréable, ludique et particulièrement redoutable. En voyou sorti de prison, il devient ce braqueur de banque reconnu par l’Etat et dont l’aura n’a d’égal que sa personnalité. Extravagante et parfois introvertie. Le couple qu’il forme avec Faye Dunaway fonctionne et cette alchimie crève l’écran, de bout en bout du film. Ce tandem, irrespectueux des banques, mais qui se prend pour les Robin des bois modernes, est clairement l’apanage du long-métrage d’Arthur Penn qui a bien pris le temps de diriger son couple, devenu star avec le temps. Merci Monsieur Penn ! Frère de Shirley McLaine, Warren a déjà joué dans « La fièvre dans le sang » d’Elia Kazan et a également été nominé aux Oscars pour ce rôle (il est aussi producteur de « Bonnie and Clyde »).
A ses côtés, on retrouve Gene Hackman qui apporte le côté bonhomie et l’attrait sympa dont avait besoin le film pour exister : il fait le gentil, et c’est avec un réel plaisir que de le suivre dans ces aventures avec son frère Warren Beatty. Ce dernier (sic !) lui ouvre les portes de la gloire : « French connection », « Conversation secrète », « Superman », « Mississipi burning »… . Merci Warren !
Le dernier acteur qui sort du lot est Denver Pyle (vu principalement dans des westerns : « Les rodeurs de l’aube », « Les cavaliers » de John Ford, « Les prairies de l’honneur » de McLaglen, « Cinq cartes à abattre » d’Hathaway, …) dans le rôle du shérif. A lui seul, il incarne la police qui ne lâche rien et qui prend à cœur d’arrêter les flingueurs Dunaway-Beatty. Il a ce côté de ‘justicier du Texas’, qui n’a rien à faire des lois et qui fait tout pour arrêter et tuer les hors-la-loi les plus connus d’Amérique. Avec ce visage antipathique (yeux misogynes et moustaches à tuer les moustiques se posant sur ces poils de visage), cet acteur prend la peine d’apporter l’épaisseur psychologique qui manquait à « Bonnie and Clyde ». Bingo Denver ! Et banco Monsieur Penn.
Avec ce casting sorti tout droit de la caméra du metteur en scène, on est en droit de se demander si le casting dessert la mise en scène ou l’inverse. A vous, spectateurs, de choisir !

Si l’on passe du côté de la musique, Charles Strouse (compositeur pour Mankiewicz sur « Le reptile », principalement) dégaine les guitares électriques.
Il joue énormément sur la nostalgie puisqu’elle dessert admirablement bien la fuite dans tous les Etats d’Amérique de nos gentlemen voleurs. La musique est ainsi bluesy, tonitruante et donne de la vigueur au film. Ce n’est pas une composition grandiloquente, mais elle apporte juste cet effet kitsch et entrainant : cet effet nostalgique.

Si l’on passe à la mise en scène, il n’y a rien de neuf.
Classique, épurée, simple, droite, carrée et soignée. Un petit exercice de style de la part d’Arthur Penn qui peine à donner des plans de toute beauté dans ce film.
Ça reste simple et efficace, conventionnel, et tant mieux, car cette histoire peut ainsi toucher un large public sans avoir de ralenti, de pause. Tout s’enchaîne devant la caméra du réalisateur de « La poursuite impitoyable » pour le bon déroulement de la tragédie de Bonnie Parker et Clyde Barrow.
A l’image du final, simple, efficace et rodé.

Dans le déroulement de l’histoire, « Bonnie and Clyde » m’a fait penser aux polars des 70’s et plus particulièrement au « Guet-apens » de Sam Peckinpah. Le côté tragédie n’y est pas, mais Beatty a tout fait (dans son jeu) pour qu’il ressemble à l’interprétation de McQueen (fraîcheur instantanée en moins, tout comme le regard bleu acier). N’est pas McQueen qui veut (!).
Le pillage des banques, les fusillades, un peu le final aussi, également dans le déroulé de la mise en scène (avec ce côté famille), le réalisateur de « Miracle en Alabama » a fait du Sam Peckinpah : pas dans le classicisme pur et dur mais sur cette mise en scène carrée et solide. Il y a ce côté rugueux qui joue avec la nostalgie (générique d’introduction, musique). Dans tous les cas, j’ai trouvé en « Bonnie and Clyde » l’égal de « Guet-apens ».
Je relève que les scénaristes sont Robert Benton et Robert Towne.
Première participation pour le cinéma à ce poste pour le premier Robert cité, il est reconnu par la profession avec « Kramer contre Kramer » en tant que réalisateur. Le second Robert a été oscarisé du meilleur scénario original en 1975 pour « Chinatown », et il a écrit pour le cinéma quelques classiques parmi lesquels « Greystoke », « Frantic » et « Mission impossible » de Brian De Palma.

Dans l’avant-dernier paragraphe, j’évoquais le final. Dois-je en parler ? Il me semble que oui… .
Le final reste glaçant, fait froid dans le dos et le cinéaste Arthur Penn nous surprend par tant de maîtrise. Le montage est simple, nous dévoile la fusillade (ça m’a fait penser au « Training day » d’Antoine Fuqua lorsque la voiture de Denzel Washington est prise pour cible) et ‘The end’ arrive sans rien dévoiler du tout. L’on est ainsi scotché dans nos fauteuils par tant de maîtrise scénique et donc par le bluff du metteur en scène de « The Missouri breaks » qui nous prouve, avec son classicisme qu’il a tant fait parler pendant 1h50, qu’il arrive, pendant 10 minutes à rehausser son final digne d’un Hitchcock ou d’un Fincher.
Réalisateur classique, oui, réalisateur tonitruant, oui, et il prouve par son attaque de son film qu’il arrive à raconter une histoire en accordant de l’importance à sa mise en scène. Carrée et efficace pendant 1h50 et surprenante pour le final. Une certaine rugosité en ressort, et tant mieux, car ce classicisme (dominée à mort par la musique de Charles Strouse) est exacerbant et parfois redondant. Mais il est carré et solide.
C’est ce que j’appelle donc une maîtrise de la mise en scène. Arthur Penn fait donc bien figure d’un maître en la matière. Et nous fait sa leçon de cinéma.
Efficace, prenante, exaltante, nous sortons du film les yeux sortant de nos orbites.
Merci Monsieur Penn.
Nous sommes donc en présence d’un excellent polar et un un chef d’œuvre d’époque qui évoque, à bien des égards, la cavale sanglante des frères Barrow, qui m’a, pour ainsi dire, réouvert sur le genre (polar) des 70’s à la sauce américaine.
Il m’a manqué ce côté punchy pendant 1h50 dans ce film de braquage fascinant. Uniquement.

D’où ma note : 6 étoiles (de shérif !) sur 10.

Pour conclure, « Bonnie and Clyde » (1967), possédant une identité culturelle forte pour cette déception des Oscars 1968, restera gravé dans la mémoire du 7ème art comme étant un phénomène planétaire signé et soignée par un cinéaste révolutionnaire : Arthur Penn (« Le gaucher » étant son premier long-métrage).

Spectateurs, si le manque de braquage vous manque, la fuite devrait être votre devise. N’en déplaise aux failles …de Faye !

A noter : Dean Tavoularis, le chef décorateur fétiche de Francis Ford Coppola qui a son actif la saga du « Parrain », « Conversation secrète », « Apocalypse now », « Rusty James », et « Jardins de pierre » notamment, est ici débutant dans le métier.

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