Suceur de cul avec boots en croco

Avis sur Bubba Ho-Tep

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En 2002, nous assistions au retour du réalisateur Don Coscarelli, dont le dernier film datait de 1998. Il s'agissait de Phantasm IV, épisode final d'une saga amorcée en 1979. Don Coscarelli avait réalisé toute la quadrilogie Phantasm, semblant ne jamais vouloir (ou pouvoir ?) se détacher du premier film qui avait lancé sa carrière et l'avait rendu populaire auprès des fans de cinéma horrifique.
Les choses ont changé depuis, grâce à Bubba Ho-Tep, le nouveau film culte cité en référence lorsqu'on parle de Coscarelli désormais.
Il s'agit de la toute première adaptation au cinéma d'un roman de Joe R. Lansdale, qui traite de l'alliance entre un Elvis en maison de retraite et un homme noir se prenant pour Kennedy, tous deux en lutte contre une momie surnommée "Bubba Ho-Tep", qui est habillée en cowboy et vole l'âme des personnes âgées en l'aspirant par l'anus.
Comme si cela n'était pas déjà assez fou, Bruce Campbell (Ash de Evil dead) joue Elvis et Ossie Davis, acteur de Spike Lee qui a eu l'honneur de faire l'éloge funèbre de Malcolm X, tient le rôle du faux JFK. Ce fut d'ailleurs son dernier rôle avant son décès.
C'est difficile à croire, mais pourtant Bubba Ho-Tep est le meilleur exemple que je connaisse d'un film qui soit à la fois hilarant et scabreux mais également très touchant.

La toute première réplique dans ce film est "Je rêvais. Dans mon rêve, je sortais ma bite et je vérifiais si le bubon situé au bout de mon gland était toujours rempli de pus". Voilà qui pose l'ambiance. Et encore, à en juger par la lecture du premier chapitre du livre par Lansdale dans les bonus du DVD, le matériel original est cinq fois plus vulgaire.
Coscarelli a filtré pour son film, pour une question de durée probablement, et n'en a gardé que le plus utile et le plus pertinent.
Pertinent en effet car Bubba Ho-Tep est un long-métrage où l'on trouve des répliques génialement absurdes et trashs telles que "Je bandais comme un bouc dans un champ de poivrier", et des scènes à éclater de rire comme celle où JFK lit des hiéroglyphes obscènes sur le mur des WC, mais sous la couche de vulgarité se cache parfois autre chose. Des propos nostalgiques, des réflexions sur la vieillesse, et de tristes constats d'une fatalité. Notamment lorsqu'Elvis remarque avoir une belle vue sur la culotte de la fille de son voisin de chambre, et déduit que cela doit peu importer à cette femme, qui le considère sûrement comme trop vieux pour avoir à s'en inquiéter.
Coincé dans son lit toute la journée, dont il ne sort même plus pour faire ses besoins, Elvis ressasse les mêmes pensées maussades, car il n'a rien d'autre à faire que de se poser les mêmes questions, en attendant qu'on vienne lui servir son prochain repas. Est-ce que sa vie serait mieux s'il avait été resté Elvis, plutôt que d'échanger son identité avec un de ses nombreux imitateurs ? Si sa fille le savait vivant dans cette maison de retraite, viendrait-elle lui rendre visite ? Ou serait-il laissé à l'abandon, comme beaucoup d'autres résidents ?
Quels autres films que Bubba Ho-Tep ont-ils pour héros des personnes âgées dans une maison de repos ? Le fait que deux vieillards soient les personnages principaux est tout à l'honneur du film, qui ne s'en sert pas uniquement pour le délire de son pitch, mais se place réellement dans l'esprit de deux hommes en fin de vie.
Elvis et JFK sont deux personnages avec des limitations physiques, et c'est à travers eux que le spectateur perçoit les évènements relatés ; le film est empreint d'une certaine lenteur, mais qui est nullement dérangeante, car on ne s'ennuie jamais pour autant.
On se retrouve dans la peau du personnage joué par Bruce Campbell, seul narrateur du film, sans que l'on ne puisse jamais être sûr qu'il est le vrai Elvis ou non. Peut-être que Don Coscarelli n'y avait pas pensé ainsi, mais il n'y a pas mieux pour évoquer le fait qu'avec l'âge, on ne peut même plus se fier à soi-même.
Elvis dans le film se met à se poser la question lui aussi : qui croire, lui-même qui pense être le King, ou les autres, qui lui affirment qu'il n'était qu'un imitateur d'Elvis, ce qui est une hypothèse bien plus sensée ?
Quand son ami qui se prend pour JFK affirme être l'ancien président, qu'on l'a teint en noir et qu'on a remplacé un bout de cerveau par un sac de sable, on en rit, et on se dit que c'est bien évidemment faux. C'est lorsqu'on voit la cicatrice qu'il a effectivement derrière la tête, et qui ne confirme pas ses dires mais justifierait le fait qu'il soit si sûr de ce qu'il avance, qu'on est en droit de remettre en question aussi les affirmations d'Elvis ; ce n'est pas parce qu'il est le narrateur et qu'on voit en flashback son échange d'identité que tout cela est vrai.
Avec ces incertitudes, on en revient là encore à l'idée de la fatalité liée à la vieillesse.

Au fur et à mesure, on oublie la grossièreté du film, balayée pour laisser place à des propos simplement touchants, et des interrogations justifiée qui apportent du réalisme aux protagonistes.
On découvre progressivement l'intériorité des personnages d'Elvis et de JFK, des êtres humains, drôles mais aussi émouvants lorsqu'ils dévoilent leur sentiments profonds. Entre ces deux héros atypiques, Bubba Ho-Tep présente aussi une jolie histoire d'amitié, qui fait que chacun finit par partager ses regrets et ses bons souvenirs de leur vie passée. La scène avant l’ultime combat contre la momie où Elvis, faisant fi du fait évident que son ami noir n'est pas Kennedy, lui demande toutefois comment était Marilyn Monroe au lit, est le parfait exemple d'un moment mêlant très bien humour et émotion.
Les deux acteurs principaux sont d'ailleurs au sommet, parfaits dans leurs rôles respectifs, que ce soit lorsqu'ils doivent faire rire ou émouvoir.

Évidemment, avec deux héros pareils, qui urinent dans un pot, se déplacent en fauteuil roulant ou en déambulateur, et s'endorment aux mauvais moments, il fallait un adversaire aussi lent et mou qu'eux, à savoir une momie. L'affrontement final n'a rien de réellement spectaculaire, mais justement selon moi c'est dans l'esprit de ce film, qui présente, certes, une histoire de héros qui se révèle comme on en a souvent vues, mais différente de ce à quoi on a droit d'habitude.
Le Elvis présenté dans Bubba Ho-Tep est un homme âgé désabusé, qui n'a plus de respect pour le jeune insolent qu'il était et qui constate quelle épave il est devenu. C'est seulement maintenant qu'il est trop vieux qu'il découvre les erreurs de son passé, durant lequel il se faisait passer pour un héros dans ses films alors qu'en coulisse ce qu'il faisait était loin d'être aussi glorieux. Cette momie égyptienne qui s'en prend aux autres résidents de la maison de retraite, c'est la première chose qui anime sa vie désormais bien morne où, comme il le dit, il se contente de manger, chier et dormir.
Tout héroïsme ou reconnaissance est toutefois refusé au personnage et son comparse JFK, étant donné que personne à part eux n'a remarqué quoi que ce soit de bizarre dans leur lieu de résidence où l'on abandonne les vieux en attendant qu'ils meurent, et que personne ne les croirait de toute façon s'ils parlaient de Bubba Ho-Tep. Même lors de leur combat contre la momie, les deux héros font preuve d'une médiocrité à laquelle ils sont condamnés à cause des faiblesses et limites dûes à leur grand âge. Mais c'est le fait qu'ils acceptent cela et n'en décident pas moins d'attaquer la momie, quitte à y laisser leur peau dans l'indifférence la plus complète des autres, qui rend leur action d'autant plus vertueuse et la fin de Bubba Ho-Tep d'autant plus belle.

Oui, Bubba Ho-Tep est un film délirant où l'on dit excessivement "trou du cul", et où l'on voit une momie habillée à la mode Texane, mais pas seulement. Il y a plus que ça.
Ce n'est même pas tellement un film sur Elvis, l'identité du personnage servant surtout à apporter une dose de délire supplémentaire, et à servir un propos sur l'inévitable vieillissement de tous.
Le film ne comporte d'ailleurs aucune chanson d'Elvis, pour des questions de droits trop coûteux à obtenir. C'est certainement pour le mieux, car la BO du film, composée pas Brian Tyler (qui avait déjà œuvré sur Six-string samuraï, une histoire post-apocalyptique où Elvis serait devenu le roi du nouveau monde) est extraordinaire. Tantôt épique, tantôt nostalgique, elle embrasse tous les thèmes du film en plus d'être superbe à entendre.
Don Coscarelli a dû tourner avec un faible budget, et faire jouer ses relations, notamment pour obtenir des maquillages et effets spéciaux en payant uniquement le prix du matériel nécessaire pour les confectionner.
Bubba Ho-Tep a ses faiblesses sur le plan technique, lors de la scène avec le scarabée mécanique par exemple, mais le film est tellement fabuleux que l'on excuse facilement ces petits défauts en surface.

Même la VF est très bonne, c'est dire...

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