L'art de l'humour

Avis sur Buffalo Bill et les Indiens

Avatar Lunette
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Un film au burlesque encore plus prononcé lorsqu'on ne s'attend à rien, seulement comme l'indique le titre, à un western rien de plus classique, remastérise par Robert Altman.
Mais le film est complètement burlesque, drôle, absurde, pathétique, à l'humour pleinement assumé, au désordre ordonné, aux acteurs loufoques. Tout cela configuré avec une pleine maîtrise, une lucidité, une nette intension de faire un film bordélique, désordonné, drôlissime. Et cela fonctionne à merveille, malgré la lenteur, une belle lenteur qui va avec le désordre continuel du film : un désordre qu'on perçoit d'abord grâce à ce simple synopsis, déjà drôle à se plier de rire le ventre à terre :

1885. Buffalo Bill, cabotin capricieux et buveur, mauvais tireur et mauvais cavalier, présente son spectacle où il apparait comme le héros de l'Amérique. Il s'offre même le luxe d'acheter un vrai indien comme acteur, Sitting Bull. Ce dernier ne tarde pas à le ridiculiser. - Cinefil -

Et parfois, ne pas lire le synopsis qui figure derrière le film et s'aventurer dans une aventure que l'on ne connaît pas provoque une vision démultipliée : on ne s'attend à rien, à aucun humour, et on reçoit donc tout dans la face, le décalage en plein dans le mille, et c'est merveilleux.
Robert Altman piétine le mythe de Buffalo Bill, le renvoi au rang de bouffon avec sa perruque sur la tête qu'il oublie de remettre lors d'une nuit où un indien vient lui rendre visite.
Mais il ne faut pas confondre. Ne pas prendre ce film pour une mauvaise comédie râté, un nanar à l'humour même pas drôle. Sûrement que non. Ce film est tout le contraire.
Un désordre qui se situe dans toute l'intégralité du film : de la maladresse des personnages, (un Harvey Keitel génialissime, benêt, un peu à côté de la plaque qui coupe la parole sans arrêt, mine de rien), de la façon des personnages qu'ils ont à toujours parler un peu dans le vent, un peu n'importe quand, en même temps, partout. Le désordre dans les plans qui s'arrêtent comme ça sur des paysages sublimes, sur des images magnifiques, et après la caméra s'égare, comme ça, sur les indiens, les spectacles un peu nuls, pathétiques, bordéliques, désordonnés.
Le désordre dans la lenteur du film, qui se regarde tourner en rond, qui s'égare, comme le reste, parfois un peu molle, pathétique, et ça en devient drôle, infiniment voulue.
Un film alors maîtrisé de bout en bout, peut-être même avec une certaine auto-dérision. Car on pourrait croire que le film se moque de lui-même, de sa façon qu'il a d'être lent, de filmer, de s'égarer, de perturber les spectateurs à ne pas être crédible, à être un peu impotent, mou, lent, pathétique, infiniment drôle, drôle, drôle, dans une sorte de malgré lui, qui se donne un genre. Le genre d'être complètement à côté de la plaque.
De Robert Altman, je n'ai vu qu'un seul film, Short Cuts (1993), qui m'a profondément marqué, dans sa manière qu'il a de critiquer la société américaine, les rapports des individus les uns des autres, la cruauté, et l'apparence qui se tient, droite.
Dans Buffalo Bill, c'est un peu ça. Une ironie, grande, profonde. Un je-m'en-foutisme radieux. Et c'est ça qu'est chouette.
Il me tarde de découvrir vraiment Robert Altman, grand cinéaste tant entendu parlé.
Le cinéma, au fond, c'est ça. L'anthropologie d'un monde.

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