Le trône du King

Avis sur Ça

Avatar MatthieuS
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Les adaptations des œuvres de Stephen King ne se comptent pas sur les doigts d’une main, et ce depuis plusieurs années. On en dénombre plus de 80 à l’heure actuelle et le rythme n’est pas prêt de ralentir. Pourquoi ? Pour la simple et bonne raison que Stephen King est passé maître dans l’art de maîtriser le suspense et dans le développement des personnages ou d’histoires rocambolesques. Sans vouloir me lancer dans une critique sur le King lui-même, disons que le matériel de base proposé par l’auteur est de qualité. Et pourtant, les mauvais films sont pléthore au bataillon. Tout cela pour dire qu’adapter Stephen King est loin d’être une chose aisée, tant l’auteur nous propose des situations quasi-comiques qu’il nous fait pourtant vivre sous une terrible tension. Des évènements banals deviennent soudainement prenants sous sa plume et cela est excessivement compliqué à adapter à l’écran. C’est pour moi l’une des raisons des nombreux échecs, pas la seule bien entendu. L’annonce de ce film a éveillé en moi de la curiosité, même si j’ai su garder mon calme. Comment adapter ce chef d’œuvre d’épouvante ? Il est vrai que le téléfilm ne me tente pas vraiment, mais que dire du film ? Un mot : bluffant.

Je suis entré dans la salle plutôt rassuré vis-à-vis du film après les critiques élogieuses de certains de mes éclaireurs et d’une partie de la presse. Les BA m’avaient indubitablement tranquillisé et je sentais le projet sérieux. Sans dire que je tombe des nues, j’en suis néanmoins très étonné. Je me sens obligé de commencer par ce point tant cela m’a sauté aux yeux, mais l’adaptation est excellente. Elle est extrêmement fidèle et cela n’est pas pour me déplaire. Les personnages collent globalement à ceux du livre, les blagues sexuelles de Richie mis-à-part ou le côté plus sympathique de Beverly : des changements tout à fait bienvenus d’ailleurs. Je ressens vraiment leur réaction cohérente par rapport à ce que j’ai lu. Les décors et le scénario sont aussi d’une fidélité remarquable, et les changements apportés ont été judicieux. Il est certain que l’on ne juge pas un film sur sa fidélité par rapport à l’œuvre d’origine, mais ce que je veux dire avant tout c’est que l’on a les mêmes ressentis (ou presque) que lorsqu’on lit le livre. Le film est certes moins effrayant, mais difficile de lui en tenir rigueur tant certaines idées saugrenues sont inadaptables. Le film n’a pas pris le choix de se borner à copier toutes les scènes marquantes.

La scène avec le projecteur et Grippe Sou qui s’échappe du film en particulier est extrêmement réussie, bien que très différente du livre.

Le film est de bonne facture avant tout parce que le travail sur l’ambiance est extrêmement réussi. C’est un vrai bon film d’épouvante, étant moi-même un amateur du genre. On comprend vite les enjeux et que quelque chose de malsain se passe dans cette ville, outre la présence d’une créature maléfique. Elle déteint sur toute la ville. Le film réussit bien à allier scènes de tension (nombreuses et bien clairsemées) et atypiques pour ce genre de production : des scènes rappelant Stranger Things (quand les enfants jouent dans l’eau), de la comédie ou du drame. Le rythme est particulièrement bon, je ne me suis jamais ennuyé et les deux heures passent rapidement. Cette réussite est aussi due à la musique du film, qui réussit à rester discrète quand il le faut, mais aussi à monter en puissance dans les moments de grande tension ou à être plus mélodieuse. Elle ne transcende pas le film mais elle remplit sa part du marché.

Pour que le travail sur l’ambiance puisse payer, il faut qu’ensuite les scènes d’épouvante nous fassent peur, cela parait anodin, mais c’est ainsi. Et pour que cela fonctionne, il faut un travail fouillé sur l’ambiance. Les deux s’entremêlent bien. En ce qui concerne l’épouvante en elle-même, elle est de qualité et presque géniale dans la première partie du film.

La scène de Georgie est superbe, effrayante et sanglante. Elle me marquera indéniablement, c’est une totale réussite. Les différentes découvertes de Ça par les personnages principaux sont toutes excellentes, ayant une préférence pour celles avec Mike et Beverly, magnifiques dans leur réalisation.

Grippe-Sou le clown tient bien son rôle, disons-le. C’était le personnage à ne pas rater et soulagement non dissimulé, il est réalisé avec brio. Il colle parfaitement à l’idée que je m’en étais faite, son côté effrayant n’est pas passé à la trappe comme le redoutaient bon nombre d’internautes avant la sortie du film. Petit détail amusant, j’ai beaucoup apprécié le moment où le clown se moque de sa victime en pleurs, à la manière de ce que RackaRacka pourrait faire (attention âmes sensibles s’abstenir). Les différentes formes que prend Ça sont toutes effrayantes et les effets spéciaux bien réalisés, rien à dire de ce point de vue là. On sent des moyens plus importants que sur les autres films d’épouvante, puisque Ça demande beaucoup de travail pour les effets numériques.

Afin de remettre un peu les pendules à l’heure et de jouer le rôle du modérateur, j’ai bien eu quelques réserves sur le film. Comme je l’ai souligné auparavant, la première partie est excellente, mais la seconde pèche sur de nombreux points, notamment sur ses scènes d’épouvante.

Même si le passage dans la maison de Ça m’a plu, notamment lorsque Richie se retrouve face à tous les clowns, cette scène se termine un peu sur les rotules. On a perdu le souffle du début. La scène de fin va encore plus loin dans l’idée puisque l’on déconstruit le personnage de Ça et que la peur, tout comme chez les personnages, semble avoir disparu. Cependant je peux difficilement en vouloir au film puisque c’est un chemin obligé vers le prochain acte, 27 ans plus tard.

Enfin, il y a certains acteurs qui ont du mal à se mettre au diapason. La plupart des gamins sont bien interprétés mais Stan ou le chef de la bande des « bad guys » beaucoup moins. Heureusement ils ont une place minime dans l’histoire.

En conclusion, le film ne révolutionne pas le genre de l’épouvante, loin de là, mais il apporte sa patte à un genre qui surexploite les clichés et les idées recrachées. Or ici on a droit à un film qui s'extirpe de nombreux clichés du genre, intense, dont les premières minutes sont tout de suite angoissantes et les dernières tentent de l’être. Une grande réussite sur la durée, ce dont je me réjouis.

Le film devrait satisfaire les lecteurs du livre et s’accaparer de nouveaux fidèles vu sa capacité à proposer un spectacle effrayant et de qualité. Comme je le répète régulièrement le genre de l’épouvante ne fera jamais l’unanimité, à la fois parce que certaines personnes adorent se jeter dans les salles obscures en sachant détester, parce qu’il est rempli de clichés mais aussi et surtout parce que c’est intimement lié à quelque chose de très intime, la peur. Et Ça se nourrit de la peur, donc il vaut mieux s’en méfier…

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