Molly Ringwald & New Kids on the block ft. Young MC Vs Krusty le clown

Après le roman de Stephen King, puis le téléfilm de Tommy Lee Wallace dans les années 90. On a enfin droit à une adaptation cinématographique par Andrés Muschietti de cette oeuvre culte. C'est donc avec une énorme joie et attente que je me suis rendu dès le jour de sa sortie au cinéma.


L'atmosphère des premières minutes est encourageante. La peur de Georgie (Jackson Robert Scott) se rendant à la cave est palpable. Malheureusement, sa rencontre avec Pennywise (Bill Skarsgård) ne va pas se révéler effrayante. C'est le principal défaut d'un film ne faisant pas peur alors que c'est l'un des thèmes de l'histoire, dont Ça se nourrit pour devenir plus fort.


Le réalisateur Andrés Muschietti va user et abuser de jump scare. Dès le début, il nous fait le coup avec le talkie-walkie de Bill (Jaeden Lieberher) grésillant fortement dans le silence de sa chambre. Ce ridicule petit effet n'est qu'une mise en bouche. Il va sortir la grosse artillerie sonore et visuelle pour tenter de nous faire peur. C'est peine perdue. On ne sera jamais pris à défaut, vu qu'il utilise le dutch angle quand un moment soi-disant d'épouvante va avoir lieu. Si on a pas capté son petit jeu, on a un autre indice avec la musique d'ascenseur devenant stridente pour qu'on comprenne que cela va devenir terrifiant. Il va aussi abuser de l'hémoglobine, mais on peut y voir un hommage sanguinolent à Carrie avec le thème du passage à l'âge adulte chez Beverly. Vous l'aurez compris cela manque de subtilité et d'une atmosphère angoissante.


Mais le pire est ailleurs. La performance de Bill Skarsgård ne vaut pas celle de Tim Curry. Certes, la barre était haute; on parle tout de même du clown le plus terrifiant de toute l'histoire des clowns venus d'ailleurs; mais là, il ressemble plus à Bugs Bunny déguisé en clown. Qui a eu l'idée de l'affubler avec des dents digne d'un lapin? Cela le rend risible, comme ses regards censés mettre la peur en nous. Résultat, ses apparitions ne sont pas des moments d'épouvante ou d'angoisse. C'est du coté des adultes et plus précisément des parents que la peur va se faire ressentir.


Les violences psychologique et/ou physique subies par les enfants ont souvent lieu au sein du foyer familial. Le père de Beverly (Sophia Lillis) est un des visages de cette violence. Il est tapi dans l'ombre tel un prédateur attendant sa proie. Dès que sa fille apparaît, il se jette sur elle en l'humiliant verbalement puis pose sa main sur son épaule. Cette intrusion est vécu comme une agression et on sent qu'à tout moment, il peut passer à l'acte. La mère d'Eddie (Jack Dylan Grazer) a une énorme emprise psychologique sur son fils. Elle en a fait un hypocondriaque, mais d'une manière plus perverse en le rendant dépendant aux médicaments, en lui faisant croire qu'il a diverses maladies. Au contraire, ceux de Bill sont aux abonnés absents, au point de ne même pas voir le visage de sa mère. La mort de Georgie en a fait des fantômes et ils errent dans leur maison en oubliant l'existence de leur aîné.


La peur n'étant pas suscité par Ça, on pouvait espérer qu'à l'image des adultes, Henry Bowers (Nicholas Hamilton) soit un psychopathe aussi tordu que dans le roman. Que nenni, il a beau craché sa haine au visage de chacun, ses vociférations ne créées pas le malaise. Son jeu outrancier et aussi inefficace que celui de Bill Skarsgård. Est-ce dû à la direction d'acteur d'Andres Muschietti, qui avait rendu Jessica Chastain pénible dans son Mama? Ou à cause de son profil psychologique devenant une caricature en gommant sa relation homosexuelle avec un des membres de sa bande? Henry se déteste à cause de son attirance pour les hommes. Il se voit comme une anomalie et son rapport violent avec son père ne va pas lui permettre de vivre pleinement sa sexualité. Le sujet était surement trop complexe pour un film dont le seul but était de soi-disant faire peur, tout en jouant sur la nostalgie des années 80.


Au milieu de ce mal qui sévit dans les rues de Derry, il y a une bande d'enfants qui vont s'unir et faire front face à Ça. Le club des losers est sympathique, à l'image de Ben (Jeremy Ray Taylor) dont la première rencontre avec Beverly est touchante. Mais Richie (Finn Wolfhard) reste le personnage le plus sympathique grâce à ses vannes foireuses et sa maladresse. Il faut de la patience pour apprécier Eddie (Jack Dylan Grazer). Il tape un peu sur les nerfs mais va se révéler aussi attachant que la plupart de ses camarades. Au contraire, Bill est fade et sa culpabilité suite au décès de son petit frère Georgie est à peine effleurée. Stanley (Wyatt Oleff) est transparent, au point de ne servir à rien sauf à chouiner. Mike (Chosen Jacobs) se fait plus discret mais c'est son rôle qui veut ça, ce qui ne l'empêche pas d'exister et de briller. Dans l'ensemble, les enfants s'en sortent mieux que les adultes et certains de leurs échanges sont émouvants. Ils sont le point fort de ce film bancal dont le final en mode happy end, gâche un peu le léger plaisir ressenti durant la séance.


La terreur n'est pas au rendez-vous. Le film souffre de la comparaison avec le téléfilm de 1993, ce qui est assez gênant pour une oeuvre dite cinématographique. Les effets spéciaux sont aussi poussifs que les apparitions de Pennywise. Le lépreux et la femme du portrait sont mal foutus et font plus rire que peur. Le portrait de cette Amérique violente et raciste ne convainc qu'à moitié. Au final, le roman de Stephen King reste la meilleure façon de découvrir l'univers de Derry et les thèmes qui y sont abordés.

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5
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le 24 sept. 2017

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Laurent Doe

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