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Carol a débuté pour moi par un conseil et une méprise.

Le conseil vient d’Aurea, sans qui je serais passé à côté d’un beau film. Et je dois admettre que j’étais peu attiré par le synopsis.

Pour la méprise, je me suis débrouillé tout seul. En voyant sur l’affiche « Prix d'interprétation féminine du Festival de Cannes 2015 », il me semblait évident qu’un tel honneur était naturellement pour cette grande actrice de Cate Blanchett. Et tout le long du film, je me disais pourtant : « Cate Blanchett est excellente, mais Rooney Mara est exceptionnelle… »

Comment ai-je pu douter de vous présidents Joel et Ethan Coen ?


Mais finalement, ma méprise était elle-même alimentée par le faux-semblant du titre. Car si ce dernier semble faire porter le film sur le personnage de Carol (Cate Blanchett), femme séduisante prisonnière d'un mariage peu heureux, il occulte ainsi l’importance du personnage de Therese (Rooney Mara), jeune employée effacée d’un grand magasin de Manhattan.

Carol a tout de l’icône. Bourgeoise mondaine, trophée d’un mari en quête d’influence, elle est constante représentation. Chaque geste, chaque sourire, chaque silence est maîtrisé. Mais il n’est pas question ici de superficialité, car il s’agit avant tout de survie sociale pour une lesbienne dans les Etats-Unis des années 50. Cate Blanchett est saisissante dans cet art de la représentation perpétuelle. Qu’elle fasse le sapin de Noël ou qu’elle emballe les cadeaux, Carol semble poser pour la couverture d’un magazine de savoir-vivre. Cet aspect iconique est magnifié par la mise en scène de Todd Haynes et le jeu de Cate Blanchett.

Mais à qui est destiné cet art de poser, ou même de composer ? A ses contemporains, bien entendu, qui veulent des images figées de la société, plus particulièrement pour les femmes. Mais aussi au photographe, en l’occurrence la jeune Therese. Car, dans cette histoire, cette dernière ne devient pas seulement femme, elle devient aussi photographe. Carol joue le rôle de révélateur pour la jeune femme, en tant que modèle et amante. De la première photo volée, aussi fugace qu’un regard timide, Therese chemine jusqu’à prendre un cliché de l’intime, pris en plein sommeil de sa muse. Son art, comme sa sexualité et même sa personnalité, se dévoilent peu à peu, à la manière d’une photo apparaît dans le bac du révélateur. Leurs personnages sont d’ailleurs construits comme le négatif d’une pellicule : brune et blonde, bourgeoise et ouvrière, initiée et ingénue…

Je trouve intéressant l’avis de Cate Blanchett sur son personnage.


« Carol est une personne qui peut paraître distante, froide et introvertie, mais je crois qu’au moment de sa rencontre avec Therese, elle est en fait en train de s’écrouler. De son côté, Therese n’est à l’aise dans aucun des cercles qu’elle côtoie. Je crois donc qu’elles se retrouvent particulièrement troublées par l’intensité du lien qui très vite les unit. Si Therese n’est que le produit de son âge et de son milieu, Carol, son aînée, risque davantage. Si elle succombe vraiment à cette attirance, elle se met bien plus en danger que cette fille beaucoup plus jeune qu’elle. Il y a chez Carol, une mélancolie, une nostalgie et un sentiment d’appréhension étrangers à Therese. »


Cette mélancolie et cette fragilité dissimulée donnent tout sa force à ce Je t’aime déchirant et désespérée à la fin du film.


Vierge de sa filmographie, j’ai découvert la maîtrise et le raffinement du cinéma de Todd Haynes. Un point m’a particulièrement marqué. C’est son utilisation des miroirs et des vitres, comme reflets et filtres. Termes que l’on peut une fois encore rapprocher de la photographie.

Les deux femmes sont à plusieurs reprises dans des voitures. Todd Haynes choisit souvent de les filmer à travers la vitre et non à l’intérieur de l’habitacle. Ces morceaux de verre sont rarement transparents. De la crasse ou de la pluie viennent souvent offrir un filtre déformant entre cet espace intime et le monde extérieur, comme si un mur invisible les séparaient.

La scène de la chambre d’hôtel de Waterloo (quel nom prémonitoire) est en ce sens intéressante. Dans la chambre, Carol se regarde dans la glace avant de rejoindre Therese. La jeune femme est elle aussi face à un miroir. Elles finissent ensemble dans le cadre. Therese boit du champagne, Carol une bière. Qui est le reflet de l’autre ?

Ce moment de fusion charnel où l’original et le reflet se rejoignent est un point charnière. Therese bascule de l’autre côté du miroir, et assume sa nouvelle vie, tandis que Carol – et je ne peux m’empêcher de penser là à Lewis Carroll – décide de rester figée dans son image d’épouse et de mère.

Caledodub
7
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il y a 6 ans

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13 commentaires

Carol
Velvetman
8
Carol

Two Lovers

Avec cette mise en scène, que ne renierait pas Wong Kar Wai version In the mood for Love, la discrétion des sentiments sied parfaitement à une nomenclature esthétique au souffle court, qui fait...

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il y a 6 ans

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Carol
Sergent_Pepper
8
Carol

Very blossom girls.

Un lent mouvement de caméra le long des façades, de celles où se logent ceux qui observent et qui jugent, accompagnait le départ de Carol White qui s’éloignait Loin du Paradis. C’est un mouvement...

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il y a 6 ans

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JimBo_Lebowski
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