Tu quoque mi fili

Avis sur César

Avatar Morrinson
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Une note un peu dure, vue de l'extérieur, mais qui tient compte des attentes qu'ont constitué les deux premiers volets durant les derniers jours.

C'est une réaction étonnante de ma part car il m'arrive d'avoir du mal avec le "théâtre filmé", alors qu'ici, plus on progresse à travers la trilogie, plus on se détache de ces codes-là, et plus mon appréciation s'est étiolée. Une chose est sûre, Pagnol seul à la réalisation sur cet ultime volet a atteint un niveau d'aisance et de fluidité dans la mise en scène qui est très agréable. La caméra virevolte à plusieurs reprises et suit les personnages au gré de l'action de ce règlement de comptes à Marseille. Les nombreux épisodes en extérieur apportent aussi une fraîcheur tout à fait surprenante dans le contexte de cette trilogie, et bienvenue.

Mais j'ai du mal à voir l'intérêt de ce "César" au-delà de la conclusion obligatoire des deux premiers films, une réponse aux nombreuses questions laissées en suspens. La seule composante intéressante et novatrice, qui ne soit pas de la répétition, c'est le constat d'une histoire d'amour contrariée et de deux vies gâchées. En dépit du happy end, il est évident que Marius et Fanny auront bien du chemin à parcourir avant d'éventuellement retrouver leur idylle originelle. Mais le personnage-clé censé cristalliser ce déchirement, Césariot, n'est pas du tout à la hauteur. Qui de l'acteur ou du personnage est trop lisse, je ne saurais trancher, mais l'importance que constituait son rôle a pas mal déçu mes attentes. Où est passée la grandeur du sacrifice de ses parents ?

En fait, si on le compare au volet précédent, c'est l'aspect mélo qui est raté ici. La scène des retrouvailles est censée être teintée d'une certaine émotion, la scène des engueulades d'une certaine tension, mais que nenni. Beaucoup de répliques que les personnages s'assènent les uns les autres tombent à l'eau. À aucun moment la puissance des non-dits et des existences malheureuses ne m'est apparue. Je ne sais pas si le fait que "César" soit le seul film de la trilogie a avoir été directement écrit pour le cinéma y est pour quelque chose, mais je n'ai pas retrouvé ce qui faisait le charme des deux premiers. La seule séquence pleine de gouaille, c'est celle du jeu avec le chapeau melon, et elle exclut les protagonistes. La seule séquence vraiment poignante, d'une tristesse contenue, c'est celle de la partie de cartes avec la chaise de Panisse légèrement en retrait, désespérément vide. Trop peu pour moi.

[Avis brut #27]

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