L'intelligence sournoise dans l'ombre

Avis sur D'origine inconnue

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'Série B' de gros studio (Warner Bros), Of Unknown Origin (1983) est à la fois un film d'horreur animalière banal mais brillamment emballé, un film d'action fluide mais mou, le support de métaphores sociales sabrées sur la fin. Un yuppie [arrivé à maturité] interprété par Peter Weller (encore un acteur secondaire, 'héros' de Robocop dans quatre ans) se trouve confronté à la présence insistante d'un rat. Éprouvant des difficultés à débusquer le nuisible, Bart Hughes verse dans l'obsession. Il s'agit d'abord de protéger sa tranquillité d'esprit, puis son ego, de flatter son esprit, de sauver sa maison...

Finalement sa carrière, sa famille, sa santé mentale et son somptueux appartement sont occultés : ne compte plus que l'extermination de l'ennemi intime. La représentation est intelligente mais bancale et probablement à cause du cahier des charges, le propos se dilue progressivement derrière le simple face-à-face supposément spectaculaire. C'est d'ailleurs en grande partie une réussite, car la réalisation restitue avec succès le trouble causé par le rat. Elle traite avec une emphase froide les signes de sa présence malsaine et ses effets délétères sur Bart. Dans le premier cas, elle se repose sur des séquences en vue subjective au travers de couloirs et de conduits ; également sur de nombreux plans enregistrés à sa hauteur, introduisant habilement la confusion (et l'inquiétude pour les phobiques).

Mais les frissons sont inhabituels dans cette séance, plutôt marquée sous le sceau d'une angoisse très mentale et du dégoût. Aucun lien n'est tissé activement envers Bart, personnage sobre et déterminé, arborant sa vanité sans émotion. Il ne devient jamais un antihéros franc, mais le spectateur est sommé d'observer ses tics traîtres et les sursauts de ses démons avec un regard clinique : sa déroute suscitera une tendresse médicale (face à ses dénégations -où flegme et enthousiasme forcés se cumulent-, les sous-entendus blessants contre sa virilité ou les doutes sur sa force vitale). Son acharnement se donne à comprendre plus qu'à sentir, lui-même cherchant cette disposition (aboutissant à une mini-conférence sur les rats en dîner d'entreprise – outrage involontaire, jouissif). La mise en scène est pleine d'échos et de retournements, soulignant le plongeon du cadre supérieur dans la fosse grouillante qu'il toisait, illustrant avec astuce le passage d'ambitions de nature sociale aux préoccupations de chasse et de survie, soit de pure animalité.

Cette traque prendra un chemin décevant et pourtant honnête : le long combat final est un régal pour les amateurs d'animaux carnassiers (sans être aussi remuant que dans l'élite du genre tel Rogue/Solitaire, insolite comme avec Link ou pittoresque comme dans Razorback), mais à ce stade il n'y a que la sensation pure et par la suite, l'affaire sera balayée par une attitude légère et une fin ouverte (expectative des plus stériles). Ce morceau final, malgré la maîtrise de l'espace et l'exploitation généreuse, manque de panache. À l'instar des autres chocs entre Bart et le rat, puis des effets spéciaux, il est condamné à tomber dans la désuétude. Les rêveries et flashs du possédé sont kitschs et agressifs pour le meilleur (toilettes) ou pour rire : l'anniversaire fait très Freddy 2. Toute cette crudité permet cependant au film d'échapper à l'inertie apparente, contrecoup malheureux d'une ambiance lourde et d'angoisses abstraites.

Le problème du film est donc la corruption ou l'affaissement vers la neutralité ou l'explicite 'court' de toutes ses qualités – sauf son sens du plan, éloquent jusque dans les plus triviales situations. Les prochaines livraisons de Pan Cosmatos, toutes avec des acteurs renommées (comme les précédentes, dont Le pont de Cassandre) seront politisées avec une démagogie primaire et boursouflée : Terreur à domicile s'attachait aux tourments d'un businessman de l'establishment, Cobra portera un message reac (vigilante pure souche) et les malheurs du Léviathan seront attribués à des corporatistes sans âme (justifiant un bourrage de gueule honorant les demandes d'égalité des sexes). Le réalisateur grec développera son côté brutal et parfois vigoureux, son projet suivant étant d'ailleurs Rambo 2, grosse pointure du cinéma bourrin.

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