Daft Punk (vite fait) resumed

Avis sur Daft Punk Unchained

Avatar Manza
Critique publiée par le

Très bon documentaire que ce Daft Punk Unchained. Durant 1h30 on retrace la carrière du célèbre groupe, de leurs début underground/techno à leur célébration aux Grammy 2014, on suit donc les mésaventures du duo casqué.
Fort en anecdotes, le documentaire pointe du doigt les étapes importantes de la carrière du groupe, leur réussite mais aussi leur échec (Human After All). Car là est un des point fort du documentaire, il met aussi en avant les moments de faiblesse du groupe. Ce documentaire est donc miné de petits détails qui permettent de mieux replacer les albums du groupe dans leur contexte tant musical que dans l'histoire du groupe. L'influence de la techno house pour Homework, de la japanimation pour Discovery, le challenge de faire vite pour Human After All, l'ouverture aux instruments "classiques" pour Tron débouchant sur le décomplexé RAM et sa funk des années 70. Le docu met aussi en avant l'influence du groupe, tant sur leur confrère (Pharell, Kanye ...), leur pote (On pense à Pedro Winter) mais aussi la critique (le gars des Inrocks).
Le groupe n’apparaît jamais dans le docu, mais on comprend bien que ce choix est compréhensible au vu de la politique du groupe. En parlant de non apparition, le docu met bien en avant la mentalité du groupe concernant le port des casques, l’intérêt de ces casques et l'apport de ceux ci sur la carrière du groupe, espérons que Laurent Weil voit ce documentaire et la ferme à tout jamais.

C'est bien réalisé, bien monté, plaisant à regarder, que du bon in fine --> 8/10

Bon, voila ce que j'aurai pensé du documentaire si je méconnaissais le groupe, mais c'est pas le cas, je suis du type fanboy et je m'avance pas trop en disant que je connais beaucoup du groupe. Mon avis sur le documentaire est donc plus critique tout comme mes attentes étaient assez grandes. Donc avant de mettre en avant les déceptions, reconnaissons d'abord au documentaire certaines qualités (pour la plupart énoncés plus haut). Le documentaire est avant tout intéressant, con à dire certes mais on ne s'ennuie pas durant les 1h30, le sujet est agréablement traité et bien équilibré dans ce qu'il dit. Une partie des intervenants sont vraiment intéressant (ceux qui ont côtoyés les Daft, parce que le reste c'est juste du léchage). Autre point très positif, le documentaire met aussi en avant certaines faiblesses du groupe (on pense à la période HAA). Il y a quelques semaines j'ai vu un reportage similaire sur Niles Rodger qui faisait complètement l'impasse sur la très grande période à vide du musicien. C'est du mensonge par omission … Le documentaire réussi aussi bien à transmettre les états d'esprit des albums, quand ça parle d'homework on ressent bien la fougue du début, quand ça évoque HAA on sent bien l’aspect empressé de l'album, quand ça parle de RAM on ressent bien le côté hommage de l'album. Le documentaire adopte les bons tons pour parler des périodes précises, et ça c'est cool.

Mais parlons de ce qui fait défaut, on va faire ça ne plusieurs points :

Des interventions parfois inutiles (voir ridicules) :

Sérieux, Kanye West ne parle que de lui (mais vraiment, littéralement pas un mot sur les Daft si ce n'est un petit commentaire sur le pseudo du groupe), Pharrell Williams en fait des caisses au point que ça en devient risible, on a bien comprit qu'il se branle sur le groupe … Le gars des Inrock oublie gentiment de préciser que son magazine a défoncer Homework à sa sortie (d'ailleurs, cette critique insulte Giorgio Moroder de vieux con, tout est lié !). Skrillex est bien mignon avec son admiration, mais quand on écoute ce qu'il fait on se demande la corrélation entre actes et paroles. Ca aurait pu être intéressant d'avoir des témoignages des techniciens qui géraient la pyramide de Coachella. Bref, la moitié des interventions ne sert à rien, tout simplement.

Une inégalité du traitement des albums :

Procédons par ordre chronologique :

Homework : très bon traitement, on aurait pu en dire bien plus certes mais le contexte est posé, l'influence de l’album aussi, les conditions de réalisation pareil, les conséquences de cet album sur le groupe aussi, bref c'est bien.

Alive 1997 : à peine montré pas traité.

Discovery : bâclé, ne parle quasiment que d'Interstella, la question du sample est torché en deux phrases (avec une belle connerie au passage “Daft Punk retouche tellement les sample qu'ils en deviennent méconnaissables” … même un fanboy comme moi ne l'aurai pas osé …). N'évoque pas le changement de style ni les retours mitigés à la sortie de l'opus. L'album n'est pas replacé dans le contexte (l'évolution de la french touch, le succès de Stardust (music sound better with you c'est du pur Discovery)).

Human After All : SI le docu met bien l'accent sur l'espect ultra rapide de l'album (lors de sa conception) et des retours mitigés, il ne parle absolument du concept de l'album (aka mettre en avant la déshumanisation de la musique électronique avec un rendu très froid, répétitif et bourrin avec des titres bien équivoques).

Alive 2007 : Rien à redire, du propre.

Tron : Extrêmement bâclé, quid de la relation avec Disney ? De l'impact de la firme sur le rendu final ? De l'organisation du travail (notamment au niveau symphonique) ? Des retours de l'album ? Quid de l'avis des gens du film sur la musique (ou même du caméo des Daft dans le dit film) ? Quid des éventuelles tensions (les daft, si indépendant, travaillant pour Disney, ya bien eu des échauffourés) ? Autant le liant avec RAM est bien foutue (notamment au niveau de la prise de conscience des Daft à propos des instruments “conventionnels”) autant tout ce qui se passe avant est pas/peu exposé.

RAM : Rien à redire si ce n'est que ça aurai pu être cool d'aller au delà du succès commercial de l'album pour analyser les retours très mitigé de l'album.

L'analyse des albums : Le docu ne traite pas du tout des retours en général des albums de manière poussé. Faut se dire une chose, chez les Daft, seul 3 projets ont été applaudis par tout le monde dès le début : Homework, Interstella et Alive 2007. Tout les autres projets ont reçu des accueil mitigés (oui, même l'adulé Discovery) découlant du changement constant de genre de la part des Daft, le docu n'en parle pas et c'est con car c'est une des pierres fondatrice du projet Daft Punk : Ne jamais faire deux fois la même chose. Et force est de constater que les Daft n'ont jamais déviés de cet état d'esprit (et dieu sait que ça aurait été facile pour eux de faire Homework 2 ou Discovery 2). Le travail des oppositions sur le groupe aurai pu être cool : alive 1997 du pur Djing avec pleins d'impros/Alive 2007 extrêmement préparé et chorégraphié. Homework pur album de techno house/Discovery album très jovial d'électro pop acidulé. Human After All soit de l'électro bien crade et très froid/Random Access Memories album d'électro funk très doux et riche en sonorités, le tout a un aspect très festif. Interstella55555, film de japanimation mettant en avant leur musique sur fond de dessin animé pour enfant/Electroma, film muet live expérimental destiné à un public de niche. On peut même comparé Tron et la BO d'Irreverssible (composé par Thomas Bangalter), l'un electro symphonique tout en grandiloquence face à l'autre, plus minimaliste, électro techno oppressant et droit au but.

Cet aspect ultra intéressant est tout simplement jamais abordé (ou alors vaguement), le fait de pousser ce raisonnement aurai permis de se rendre compte que HAA et RAM ont exactement le même but/message mais avec deux manière radicalement opposée d'aborder le sujet.

Les projets annexes :

Bon ce défaut n'en est pas vraiment un vu que le documentaire porte sur daft punk (je peux donc comprendre que le chox a été pris de mettre de côté les sides projects afin de pas surcharger). Mais bon, évoquer Irreverssible, Nightcall, Sexuality, Stardust, Le Knight Club … aurai pu se faire.

Au final, le gros point noir du documentaire est qu'il reste trop en surface, n'ose jamais pousser le raisonnement (les raisons du bide de HAA, la création de la BO de Tron, l'utilisation massive des samples, les moments de faiblesses des Daft, la dualité mystérieuse/grand public de l'image du duo et son fonctionemment …). Je suppose qu'1h30 c'est trop court, je suppose que pas mal de monde ont eu un droit de regard sur le docu (et donc d'influence) …

Les fans du groupe ressortiront en ayant toujours faim, mais il est obligé de reconnaitre que dans ce qu'il propose, le documentaire estbien fichue et a le mérite d'apprendre les bases du groupe aux néophytes, ce documentaire est excellent pour appréhender les albums par exemple.

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