"Ahhhh. I'm touching myself tonight."

Avis sur Deadpool

Avatar Matthew_Horne
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Je peux pas piffer Marvel, surtout ceux des dernières années. C'est insupportable, à quelques exceptions près. Alors quand j'ai vu un pitch reel de Deadpool y a un bout temps, j'étais comme un mioche la veille de Noël, je m'attendais à The Raid à la sauce Kingsman ou Hot Fuzz.

Marvel ont bien compris que leur cœur de cible n'aura pas toujours 12 ans, que les cartes de France ne se dessineront plus toujours avec Maitresse Johansson, que Captain America a toujours été et sera toujours un clown sans charisme, que les images d’Épinal facile, les sujets faussement graves, les torgnoles qui font valser les soldats sur 500 mètres sans une goutte d'hémoglobine, les histoires sans queues ni têtes, et j'en passe... toute cette mièvrerie, les gens vont (ont) commencer à en avoir par dessus la tête.

La remède, c'est Deadpool, inprésentable rustre qui flingue et charcute les méchants au lieu de les laisser à des autorités compétentes qui ne se trimballent pas en futal moule-burnes.

Autant dire que j'apprécie cette initiative d'enfin épiler la forêt de balais dans le cul qu'Hollywood peut avoir en ce qui concerne les films à gros budgets. Les cervelles et les membres giclent à tout-va, les répliques vont du pipi-caca au très sale en passant par la punchline relativement subtile, tout ça saupoudrée de multiples références. Ryan Gosling...non...Ryan Reynolds est génial à ce niveau là. En fait, j'irais même jusqu'à dire qu'il est l'un des rares points forts de ce film.
Parce que oui, ne vous méprenez pas, en dépit de ses tentatives de paraitre subversif, Deadpool reste et s'assume avant tout en tant que film de super-héros! Si la narration fragmentée dans une première partie du film peut paraitre originale, elle s'avère juste lourde et peu efficace. Ce qui m'a dérouté c'est surtout cette écriture étroite et bien plus convenue que ce à quoi on pourrait s'attendre. A aucun moment ça essaie de voir plus loin que du "marvel rated-R".
Mal rythmé, Deadpool échoue à nous montrer une histoire de genèse, surement parce qu'on a tellement déjà vu ça ailleurs, et surtout qu'ici, c'est à moitié inutile. A la rigueur, ça aurait été mieux que Sam Raimi soit sur le coup, on connait son amour du trash, de la fictionnalisation artificielle assumée et les comics, tout comme sa propension à écrire de bonnes choses.
Là non, le film de Tim Miller (TONTONS CLAUDE ET GEORGE VONT TE FOUTRE UNE DÉROUILLÉE) slalome entre du sérieux sans enjeux (blablabla le type qui va crever qui a pas l'air bien triste de perdre sa nana, les méchants qui veulent faire du trafic d'êtres humains) et humour omniprésent.
C'est jamais aussi radicalement drôle et violent qu'on le voudrait, quoi qu'on dise, la tare "avengers" est bien palpable. D'ailleurs, quand je parlais de trash... je vais pas me voiler la face: c'est faussement violent. Non pas à cause du ton décalé ambiant, mais surtout parce que la plupart des méchants ne sont que de vulgaires pantins, le genre à n'exister qu'à travers des fringues noires, des flingues noirs, des lunettes noires, des casques noirs. Le montage n'est pas non plus fait de façon à insister sur cette prétendue ultra-violence, on a pas l'impression que ça veut seoir à l'action (et quelques chorégraphies pas trop mal, faut l'admettre) mais plutôt éviter d'aller loin dans le sordide. Là ça me fait penser à tout ces films hyper brutaux qui pour rien au monde n'oseraient nous montrer une "strong graphic sex scene" ou l'Origine du monde même avec un cryptage anti-mioches Canal +.

C'est hypocrite ou pas assumé, peut être, j'en sais rien, je m'en fous, parce qu'au final en pleine nuit, avec une envie de décompresser ou juste d'extinction de cervelle, Deadpool se laisse regarder. Dans un tout autre contexte, rangez vos attentes, parce qu'on se retrouve ici avec une structure transformation-attaque du méchant-sauvetage-résolution plutôt chiant et interchangeable avec n'importe quel autre long-métrage du genre avec un humour trash amovible, qui n'est pas ancré dans l'adn de l'histoire. Le fond reste bon enfant malgré ce que le héros tente de nous répéter en pleine face toutes les 3 minutes.

POURQUOI il n'a donc pas droit au précieux sésame, le neuf inversé, le nombre de la bête, bref le 6 pour le licencieux criminel rouge... disons que j'aime pas trop que Marvel prenne les gens pour des moutons.
Sans oublier que ça manque sacrément de démesure, que l'humour ne fait pas toujours mouche en plus d'être très facile dans sa construction (j'avais vu 7 Psychopathes plus tôt dans la soirée, autant dire que niveau violence comique, c'était infiniment plus brillant mais je ne me risquerais pas à les comparer.)

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