Une approche psychologique et anti-spectaculaire du genre

Avis sur Demain les mômes

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À Chacun Cherche Son Film, nous aimons pousser à nouveau sous la lumière des projecteurs des productions originales parfois anciennes qui n’ont pas eu le droit à l’accueil médiatique et public qu’elles méritaient. Je voulais vous évoquer pour ce nouvel article un film de science-fiction de genre français qui témoigne une fois encore de la pertinence de notre cinématographie quand elle s’attaque (trop rarement à mon goût) aux territoires de l’imaginaire.

Demain les mômes est sorti en 1976 et met en scène un Niels Arestrup dans ses jeunes années qui livre ici une prestation inoubliable. À noter sa ressemblance parfois troublante avec l’acteur hollandais Rutger Hauer quand celui-ci jouait dans les films hollandais de Paul Verhoeven. Le long-métrage donne à voir également l’une des premières apparitions de la toute jeune Emmanuelle Béart au cinéma.

Le réalisateur Jean Pourtalé ne réalisera qu’un seul autre long-métrage pour le cinéma nommé 5 % de risques. Ce film également oublié est une sorte de thriller mâtiné de physique quantique. Dans notre cinéma contemporain devenu assez répétitif dans sa manière d’aborder le fantastique en imitant souvent maladroitement les USA, il est vraiment intéressant de découvrir Demain les Mômes et son approche très psychologique et anti-spectaculaire du genre.

Demain les mômes rappelle les premiers Cronenberg par sa mise en scène clinique et sa vision assez nihiliste de l’humanité. Jean Pourtalé en très peu de plans arrive à créer une ambiance mortifère. Il ouvre ainsi son film sur quelques plans d’une station-service où résonne alors un terrible sifflement qui causera la mort simultanée de tous les adultes dans les environs. Le cinéaste nous proposera ensuite quelques minutes plus tard, quelques plans fugaces des cadavres putréfiés des usagers de la station pour nous indiquer le passage du temps.

Demain les mômes et un film beaucoup plus froid que Les rescapés de l’an 2000 qui nous montrait déjà des enfants tueurs. Mais dans le cas du film espagnol, la révolution sanglante menée par des enfants était liée à l’attitude destructrice des adultes alors que chez Pourtalé, la vision de l’enfance est avant tout voltairienne. En effet, le réalisateur semble nous dire qu’en absence de société, il n’y a plus de freins à l’attitude destructive de l’homme..

Je serai franc, le film est lent et certains amateurs de films de genre pourront trouver le temps long d'autant plus que la plupart des scènes de Demain les mômes s’articulent presque exclusivement autour de la prestation de son acteur principal. Pour autant, c’est cette temporalité très étirée qui crée l’ambiance malaisante. Demain les mômes est avant tout le portrait d’un survivant qui refuse de devenir fou dans un monde apocalyptique. La caméra privilégie ici non l’action, mais les gestes du quotidien (préparer à manger, cultiver, utiliser la radio) pour montrer un homme qui se rattache aux habitudes passées pour ne pas sombrer. L’inhumanité grandissante est également très bien rendue par une mise en scène qui filme les enfants comme une meute. Le film développe aussi une réflexion sur l’éducation dans nos sociétés : est-elle là pour permettre à l’enfant de se développer ou un moyen pour faire des enfants des adultes comme les autres ?

À la différence de nombreux cinéastes français bien trop bavards, Jean Pourtalé a bien compris que le cinématographe est un art de l’image en mouvement. Ainsi, il ne recourt pas à des dialogues surexplicatifs, mais fait passer le plus possible d’informations par l’image. Enfin, le final du film est bien amené et s’appuie sur scénario très rigoureux où chaque protagoniste et chaque action ne sont jamais là gratuitement et font avancer le récit.

Demain les mômes est un grand film à découvrir !

Mad Will

Retrouvez la critique originale sur le site Chacun Cherche Son Film.fr :
https://www.senscritique.com/film/1917/critique/211058893

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