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Desiré

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Juste avant Les perles de la couronne, Guitry réalise Désiré, une de ses 17 auto-adaptations au cinéma (parmi 36 films). Cet homme de théâtre s'est lancé dans la réalisation deux ans plus tôt avec Pasteur et Bonne chance. Une fois encore il s'approprie le grand écran de manière originale, en dressant un pont avec le théâtre et créant une forme d'interactivité, brisant le quatrième mur lorsqu'il présente directement son film (Le roman d'un tricheur est presque entièrement raconté par un personnage dont l'histoire est une déformation de la sienne). À l'ouverture du film il vient, grimé en groom, montrer une série de clichés pour introduire le casting.

Toujours résolument superficiel et virevoltant, ce Guitry-là aussi démarre en trombe avant de ramer joyeusement. La mécanique s'essoufle un peu mais les amateurs prendront toujours le même plaisir. Les mots d'esprits et petites outrances plus ou moins géniales sont balancés en continu. Guitry met à l'épreuve les codes, tord le montage avec succès lors de la scène des dormeurs. Arletty illumine la séance et les séquences partagées avec Carton sont les meilleurs morceaux du film. Les discussions sur les rapports entre maîtres et serviteurs portent haut le cynisme heureux cher à Guitry. Le film se referme sur sa logorhée à « madame », où il fait part de ses fantasmes de servitude mêlés à son goût pour les femmes inatteignables.

Où l'homme à femmes se voit en candidat pour La Vénus à la fourrure. Pour le reste, cet opus-là est bien plus éparse que la moyenne, un peu longuet (quand il plonge timidement dans la farce) et loin de communiquer l'euphorie de Bonne chance. Il doit son prestige à quelques répliques trop éclatantes et à une troupe brillamment dirigée, dont les membres atterrissent dans des costumes surprenants. La pièce, jouée la première fois en 1927, aura d'autres adaptations par la suite : elle est comprise dans le film à sketches La vie à deux, hommage à Guitry reprenant plusieurs de ses pièces (sorti en 1958, un an après sa mort) ; puis en 1996, Bertrand Murat présente le remake du film de 1937, nommé également Désiré.

https://zogarok.wordpress.com/2015/11/05/desire/

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