Isolée(s)

Avis sur Dieu existe, son nom est Petrunya

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« Dieu existe, son nom est Petrunya » raconte l’histoire de Petrunya, 32 ans défiant les règles du patriarcat religieux. Alors que tous les ans le prêtre de la paroisse de Stip (Macédoine) lance une croix de bois dans un fleuve, Petrunya se jette à l’eau pour la rattraper au nez et à la barbe des hommes théoriquement seuls autorisés à s’y emparer. Elle sera donc confinée pour une nuit dans un commissariat et tentera de résister à l’injustice qui lui est faîte. Un film qui rappelle, toute proportion gardée, « La Belle et la Meute » de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania dont l’intrigue (se déroulant également sur l’échelle d’une nuit) repose sur une injustice liée à un système patriarcal perfide. Mariam va devoir se défendre contre des gendarmes qui font tout pour étouffer l’affaire de son viol. Comme Petrunya, elle sera isolée face à un système perverti qui tente de détourner les lois. Ainsi, ce que Petrunya oppose au prêtre lorsqu’il lui dit que les femmes ne peuvent pas prendre la croix parce que c’est la loi : « C’est la loi ou c’est la règle ? ». Petrunya fait ainsi valoir qu’elle est supposée avoir les normes juridiques avec elle ; mais en Tunisie, comme en Macédoine, pouvoir religieux et pouvoir législatif semblent se côtoyer d’un peu trop près.

Les deux films reposent également sur une problématique qui est celle de l’isolement au sens propre comme au sens figuré. Bien que de rares figures (masculines et féminines) semblent se présenter en soutien, elles sont seules dans leurs combats. Tenues de passer la nuit au commissariat sous peine d’être gravement sanctionnées (physiquement et/ou moralement), les deux protagonistes restent dans cet espace clos qui se présente comme l’espace même de l’hypocrisie et du chantage. Elles ne sont ni vraiment enfermées, ni vraiment accusées mais tout le travail des policiers va consister à les maintenir le plus longtemps possible dans cet état d’abandon, dans une sorte de prison sans barreau. Et cela pour diverses raisons : les empêcher de parler aux journalistes, obtenir d’elles l’abnégation qu’ils attendent (dans le cas de Petrunya rendre la croix), garder le pouvoir…

Dans ce cauchemar kafkaïen, leur persévérance et leur courage sont héroïques précisément parce que leur souffrance ne se matérialise pas par un enfermement effectif (elles attendent dans un bureau ou à l’accueil mais ne seront jamais en cellule). Elles sont comme prise au piège mais à tout instant on leur signifie qu’il ne tient qu’à elles d’être libérées (en renonçant à faire justice donc). Elles résisteront pourtant envers et contre tous. Dans cet espace clos est figuré leur lutte intérieure qui ne sera jamais énoncée clairement mais toujours éprouvée par le spectateur.

D’autres rapprochements sont à faire entre ces deux films en rapport avec leur fond féministe. Notamment, l’importance de la robe exhibée comme « preuve » d’immoralité des deux femmes. C’est ainsi que la mère de Petrunya devine que c’est bien sa fille qui s’est jetée dans l’eau, ce qui va avoir pour effet immédiat de la mettre dans une colère noire.

D’autres qualités du film « Dieu existe, son nom est Petrunya » ont largement été soulignées dans les médias (le chômage, la grossophobie, les relations familiales…). A l’exemple du podcast « Mansplaining » épisode 13 « La violence des hommes qui perdent le pouvoir » dans lequel Thomas Messias fait son analyse.

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