"Violence ends by defeating itself" vs "it's not violence when it’s self-defense"

Avis sur Do the Right Thing

Avatar Morrinson
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Do The Right Thing est un film plein de défauts, boursouflé d'effets de style et saturé de caricatures ambulantes, mais qui pourtant offre une fenêtre directe sur l'état d'esprit d'une époque (voire d'une lieu géographique, le quartier en question, Bedford, dans Brooklyn) du point de vue d'une communauté. Ou du moins de la vision de Spike Lee sur sa communauté, alors qu'il n'avait que 32 ans. Un film qui a donc presque valeur de témoignage à mes yeux, l'occasion aussi de constater que les problèmes des violences à l'égard de certaines communautés (aux États-Unis en l'occurrence) faisant régulièrement l'actualité n'ont pas beaucoup évolué en l'espace de 30 ans.

Les dernières citations qui apparaissent à l'écran avant le générique de fin enfoncent pour la énième fois le clou des revendications de Spike Lee, au cas où certains spectateurs se seraient assoupis pendant la totalité du film. Il y a donc d'un côté Martin Luther King, condamnant l'usage de la violence de manière catégorique ("Violence ends by defeating itself. It creates bitterness in the survivors and brutality in the destroyers."), et de l'autre Malcolm X, légitimant la violence en réponse à l'oppression ("I don’t even call it violence when it’s self-defense, I call it intelligence."). Spike Lee nous les assène sur un ton quelque peu professoral, comme si son film constituait les prémices d'une dissertation de philosophie sur la moralité des mouvements de révolte, et sur les conséquences de l'adhésion à l'une ou l'autre des pensées. C'est une constante que l'on ne peut pas trop remettre en question : si la nature des cris de colère de Spike Lee est toujours apparue comme parfaitement justifiée, sa pensée communautariste n'a jamais brillé par la subtilité de son exposition.

Un peu comme dans Summer of Sam qui sortira 10 ans plus tard, un argument météorologique intervient dans la peinture sociale, comme une toile de fond précipitant les événements : l'action se situe à New-York, au cœur de l'été, et les températures élevées semblent constituer une partie intégrante d'un dérapage meurtrier. La chaleur n'attise pas que le potentiel sexuel des corps dénudés et les envies de glace, c'est aussi un climat propice à l'escalade de tensions diverses, à partir de conflits qui auraient pu rester anecdotiques dans d'autres situations. L'occasion aussi pour Spike Lee de s'attarder sur des moments suspendus, hors du temps et loin des tracas, en retraçant une ambiance particulière d'un lieu donné : c'était le club disco dans Summer of Sam avec John Leguizamo et sa femme Mira Sorvino, et c'est ici une rue écrasée par la canicule qui s'offre un instant de répit avec une borne à incendie.

Do The Right Thing, dès son titre, introduit ainsi la question du choix (comment réagir lorsque les barrières des conventions sociales tombent comme des dominos en l'espace de quelques minutes, comment réagir face à l'oppression silencieuse et institutionnelle, etc.) dans un environnement explosif, miné par les ressentiments et les aigreurs identitaires entre les différentes communautés : Afro-américains, Italo-américains, Portoricains, et Coréens. Au milieu de ce bazar ethnique, Spike Lee l'acteur livreur de pizza déambule d'une communauté à l'autre, employé par des Blancs mais en livraison chez les autres. Ce sera au final un des personnages les plus agressifs dans ses derniers revirements (on peut aussi estimer qu'il évite à son patron un lynchage mortel en dirigeant la vindicte populaire en direction de son magasin). Le constat final, au moment de récupérer sa paye, reste quoi qu'il en soit très fataliste : l'échec du melting-pot est consommé. En partant sur un ton proche de la comédie, le film évoluera vers une cristallisation des tensions raciales avec l'irruption de la police. Inutile de préciser qu'il s'agit d'un récit construit autour d'un fait divers parmi d'autres.

Si les opinions personnelles de Spike Lee ne sont pas développées avec un perspicacité transcendante, il laisse tout de même exister un réseau dense de discours variés, parfois concordants, parfois contradictoires. Il y a de grandes variations en termes d'élans vindicatifs ou de messages tolérants, avec des représentants de Martin Luther King et Malcolm X facilement identifiables. Tout n'est pas qu'une question de confrontation entre différents porte-voix, mais le didactisme est tout de même très présent. Les institutions semblent totalement absentes dans la gestion du conflit, puisque le maire auto-déclaré n'a aucun pouvoir, la police tue et les pompiers dirigent leur lance d'incendie sur la foule. Au sein de ce chaudron bouillant, une étincelle suffit à embraser l'ensemble, faisant des émeutes une situation presque inéluctable. Dans ce constat, Spike Lee fait preuve d'une très grande lucidité, et on peut comprendre qu'il n'ait pas eu envie d'y mettre les formes pour l'exprimer poliment.

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