Mécanique d'imprécision

Avis sur Donkey Punch

Avatar Voracinéphile
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Avec Donkey punch, Oly Blackburn veut réaliser un slasher jeune adulte vénère, en misant tout sur la fonctionnalité de son intrigue (en clair, à partir d’un élément déclencheur, il veut lancer un engrenage irréversible qui va peu à peu broyer tout le casting réuni). Un objectif honnête (Donkey Punch relevant clairement du divertissement « épicé », comme l’indiquent ses ingrédients), qui comporte ses qualités et ses défauts.

Le pitch du slasher nineties classique, avec la bande de jeunes qui se retrouvent en face de la mort d’un camarade, et qui décident de camoufler l’affaire. Souviens-toi l’été dernier, Sorority row… Tous ces petits films avaient joué aussi ces cartes, et s’en tiraient au mieux avec un « correct ». Avec en plus le yacht qui vient rajouter une dimension huis-clos, le spectacle n’augurait pas vraiment du meilleur, le cocktail pouvant se révéler très indigeste si les acteurs jouaient comme des pieds. Et si nous ne sommes pas très loin de ce constat, le film parvient néanmoins à tirer son épingle du jeu. Si nos actrices féminines peinent clairement à susciter de l’intérêt (en l’état, deux pouffes interchangeables et une intello à décoincer), elles ne sont pas avares de leurs charmes, et n’hésitent pas à apparaître nues pendant les scènes de sexe de l’introduction. Le film joue franc à ce niveau là, le quota de sexe explose (sans toutefois virer sur le porno) au cours d’une scène d’orgie plutôt surprenante dans ce type de production habituellement calibrée pour le public ado. Côté garçons, même constat : deux beaux gosses un peu transparents et pas forcément haut de plafond (ils prendront souvent des décisions un peu « rapides ») et un timide qui tentera de se décoincer pendant la scène d’orgie, et qui lancera involontairement l’engrenage avec le Donkey Punch, une pratique sexuelle qui consiste à frapper la nuque de sa partenaire pendant l’orgasme à un endroit précis, et qui viendra ici lui briser une cervicale. A partir de là, on rentre dans un slasher classique, à savoir que les garçons veulent faire disparaître le corps dans la mer et ne plus jamais en reparler, alors que les filles ne sont pas contentes de voir le corps de leur amie maltraité de la sorte. Notre garçon hésitant continue à hésiter pendant une bonne partie du film, conscient de la gravité des faits mais soucieux de se trouver dans le clan des vainqueurs question rapport de force. Les tentatives des différents clans s’enchaînent alors dans une mécanique qui se veut précise et logique (on sent un certain souci à ce niveau, Oly désirant toujours entretenir le rythme de son film, en essayant d’y introduire une petite dose de psychologie approximativement retranscrite par le casting). Les filles essayent de s’échapper pour aller donner l’alerte, les garçons se mettent à les traquer, les filles en tuent un avec un lance fusée (une scène impressionnante, d’ailleurs)… Les péripéties s’enchaînent, mais peinent à convaincre en termes de cohérence. Le film prend régulièrement des raccourcis pour accélérer l’action (souvent par l’intermédiaire de dialogues qui énoncent des faits sans la moindre trace de doute dans ces moments de panique) au détriment du réalisme, ce qui nuit parfois à l’aspect « engrenage » du film. Et quid de l’affiche prometteuse du film ? La promesse arrive à la fin, vraiment à la fin, et la scène est expédiée avec un tel manque de savoir faire qu’elle vient gâcher nos attentes plutôt que de les combler. Néanmoins, on notera une ambiance plutôt soignée, qui doit beaucoup à la musique de François Eudes Chanfrauld, moins inspiré que pour sa partition d’A l’intérieur, mais qui parvient toujours à tendre les zones de calme. Un slasher sympathique, mais loin d’être une référence du genre.

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