Toy lorry.

Avis sur Duel

Avatar Sergent Pepper
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A l’aube de sa prolifique carrière, c’est avec un certain minimalisme que Spielberg se fait remarquer. Sur un scénario étique (« l’histoire d’un automobiliste qui veut doubler un camion »), il affirme avec malice son talent de metteur en scène.
Deux séquences parmi un grand nombre d’autres, attestent de cette maitrise. Le prologue, où la caméra embarquée, dans un long plan séquence, limite l’écran au pare-brise de la voiture. Pour mouvement, la route. Pour paroles, la radio. Pas de trace des humains, et l’annonce déjà forte du règne des machines, dans un paysage qui quitte progressivement la ville vers le désert propice aux luttes légendaires. La deuxième est le mouvement permettant de dévoiler le camion qui devance la voiture, formidable travelling qui double cette dernière pour remonter le long du monstre de rouille, tout en restant au niveau du visage de l’automobiliste, permettant de mesurer l’écart de puissance entre les futurs rivaux.
Le film repose sur ce pari : faire du camion un monstre personnifié, dont on ne verra jamais le chauffeur, un prédateur tapi au bout d’un tunnel, dont les moindres pistons semblent vibrer de fureur psychopathe. De l’autre côté du terrain de jeu, notre héros, bien fragile et certes pas toujours crédible dans ses prises de décisions.
Reconnaissons-le, il est un peu laborieux de tenir 90 minutes sur un tel sujet, et certains moments accusent un essoufflement (la longue paranoïa au restaurant, par exemple) ou des répétitions de déclinaisons sur le canevas « je suis devant/derrière, je l’ai semé, mais non », etc.
Mais on peut dépasser cette fragilité par la dernière partie qui assume clairement les limites de son pitch : les jeux de déplacement, les demi-tours, les démarrages et arrêts incessants nous conduisent vers un absurde tout à fait réjouissant, et une angoisse dont le très talentueux Richard Matheson a le secret. Convoquant Hitchcock (pour un passage musical fortement inspiré des stridences de Psycho, pour la course à pied sur la route qui fait écho à North by northwest), le jeune prodige s’en donne à cœur joie pour conclure sur un duel où les leviers de vitesse et les accélérateurs remplaceraient les flingues du wild west.
N’en demandons pas trop à ce film, qui fut d’ailleurs un téléfilm. Malicieux, amusant, inventif, il éclaire a posteriori sur la filmographie d’un des plus grands enfants de l’industrie hollywoodienne.

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