I spit on your grave

Avis sur Elle

Avatar Val_Cancun
Critique publiée par le

Ce que j'ai toujours apprécié dans le cinéma de Paul Verhoeven, c'est sa capacité à proposer une réflexion sociale ou existentielle et un propos souvent subversif dans un emballage extrêmement ludique au premier degré.

Bis repetita avec "Elle", ce portrait étonnant d'une femme forte et complexe mais meurtrie dans sa chair, incarnée par une Isabelle Huppert au sommet (et pourtant je ne fais pas partie de sa cohorte habituelle de fans enamourés).
Cette sexagénaire séduisante, nommée Michèle Leblanc, cache un très lourd passé familial, mais vient surtout de subir un viol (pas de spoil, c'est la première scène du film) sous les yeux impuissants de son chartreux.

Durant une bonne moitié du métrage, qui s'apparente à un véritable thriller, le spectateur mène donc l'enquête en même temps que l'héroïne, à l'image d'un whodunit à l'ancienne : en effet, les suspects ne manquent pas dans le vie compliquée de Michèle, entre son ex-mari, son amant, les salariés de l'entreprise de jeux vidéo qu'elle dirige avec sa meilleure amie, et les victimes de son père qui chercheraient éventuellement vengeance...

Transposition d'un roman de Philippe Djian, cette galerie de personnages plus névrosés les uns que les autres constitue une occasion en or pour Verhoeven, qui effectue son traditionnel petit jeu de massacre, dynamitant de l'intérieur l'étude de mœurs à la française, comme il l'avait fait à l'époque à Hollywood avec le thriller érotique ou avec le blockbuster SF (cf "Basic Instinct" et "Starship Troopers" pour les plus jeunes).

Cela pourra sembler un peu systématique, gratuit et outrancier, mais pour ma part je ne boude pas mon plaisir, même si le hollandais violent, bientôt octogénaire, ne choquera vraiment que les spectateurs de sa génération, les autres éprouveront au choix une certaine gêne et/ou un sourire cynique face à plusieurs scènes dérangeantes.

Au-delà de ce réjouissant carnage, qui dégomme avec délectation la bonne bourgeoisie parisienne, le thème central de "Elle" concerne me semble-t-il l'héritage familial, la "culture criminelle" d'une lignée et la possibilité ou non d'échapper aux tares de son ascendance. Cette transmission est-elle contingente ou nécessaire, consciente ou inconsciente?

Pour son premier film français, Paul Verhoeven peut s'appuyer sur un casting de premier choix autour de la reine Huppert : Charles Berling, Anne Consigny, Laurent Lafitte, Virginie Efira, Alice Isaaz, Vimala Pons, Judith Magre...
Si l'interprétation n'est pas parfaite du début à la fin, le jeu de Lafitte notamment n'ayant pas fait l'unanimité, les comédiens se montrent dans l'ensemble très convaincants, et contribuent à faire de "Elle" l'une des belles satisfactions (attendue) de cette année ciné, avec le retour au premier plan d'un réalisateur qu'on a grand plaisir à retrouver en aussi bonne forme.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 307 fois
4 apprécient

Val_Cancun a ajouté ce film à 10 listes Elle

Autres actions de Val_Cancun Elle