Elle est son destin

Avis sur Elle

Avatar PhyleasFogg
Critique publiée par le

A une époque où souffrance et résilience font banalité dans le paysage, Elle ( le film et son personnage principal ) renouvelle la figure de l' héroïne romanesque loin des clichés féministes et post.

Les amateurs du cinéma selon Verhoeven connaissant sa capacité à subvertir les codes et son talent à sublimer le portrait d'une femme, il parvient sans se renier à les surprendre. Les néophytes eux se voient offrir une initiation magistrale aux ressources de l'art cinématographique.

Sans grands moyens, ni surenchère d'effets ou de coquetterie, le vieux monsieur est d'un souplesse felinesque pour embrasser le cinéma français et nous embarquer dans le sillage incroyable d'une femme à "l'irréfragable liberté"*.

Chez Djian, tout tient par le style, procurant cette précieuse liberté. Verhoeven transpose cette esthétique en son royaume, tirant parti de tout ce que son hôte le cinéma français peut lui offrir: acteurs, décors, mœurs locaux, parisianisme élégamment décadent, et liberté absolue de faire ce qu'il veut tant ledit cinéma est flatté de l' accueillir.

Le film est un objet improbable, presque irréel et surfait. L'Histoire mise en scène par un autre virerait au grotesque pompier ou à la provocation infantile ( Osons Ozon). Haneke autre hôte prestigieux de notre septième art aurait trop poussé côté perversité et dure froideur. Il y a ici un subtil équilibre qui tient de l' assemblage de cépages version grand cru, avec comme épicentre-corps du délit une Isabelle Huppert stupéfiante, et admirable, oui admirable... Aussi peu fan d'elle que je le suis, je me sens très à l'aise pour l'écrire ici: sans elle, il n’existerait pas ce film....

Mais le titre ne souligne pas assez une chorale de personnages remarquablement dessinés, bon tant pis je m' amuse....comme un tableau de Bosch qui dévoile peu à peu l' ampleur du désastre.
Sous le vernis des apparences et des conventions, personne n'est atteint du syndrome de la normalité, la déviance à tous ses degrés est déployée, sans vulgarité, ni complaisance.

Elle n'est que le symptôme ou le précipité d'un phénomène plus global, vis comme tu peux, vis comme tu veux, car tu n' as qu'une vie....

Verhoeven, notre maître hollandais des temps modernes...

*pour citer un éminent senscritiqueur.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 354 fois
7 apprécient

PhyleasFogg a ajouté ce film à 3 listes Elle

Autres actions de PhyleasFogg Elle