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Elle s'appelait Sarah par TheScreenAddict

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Autant La Rafle s'avérait décevant dans son recours exclusif au didactisme et à la démonstration, plus proche d'un faux documentaire que d'une bonne fiction historique ; autant l'adaptation du roman bien connu de Tatiana de Rosnay se présente comme une vision de cinéma, un vrai film.

Respectant à la lettre l'alternance passé / présent qui structure le roman originel, Elle s'appelait Sarah adopte une progression dramatique efficace, basée sur un montage parallèle qui a l'intelligence de ne jamais totalement séparer les époques. Le va-et-vient entre la France sous l'occupation et notre époque ne repose pas sur une simple rythmique, c'est une respiration, un souffle qui traverse le temps pour venir lier les personnages.

Portée par l'interprétation à fleur de peau d'un casting de première classe (Kristin Scott Thomas, Michel Duchaussoy, Niels Arestrup, Gisèle Casadesus...), cette respiration apporte une mélancolie parfois viscérale à l'intrigue. La tristesse tranquille mais bouleversante qui marque Elle s'appelait Sarah trouve son incarnation la plus saisissante dans le jeu d'une toute jeune actrice, dont la présence irradiante et la maturité désarmante laissent poindre les rayons d'une future icône du cinéma : Mélusine Mayance. A des années lumière de l'insupportable amateurisme agressif d'une Christa Theret et du jeu catastrophique de la nouvelle génération d'acteurs français, la petite mais déjà colossale Mélusine nous entraîne dans la vie tragique de Sarah avec une force naturelle et une fragilité ravageuse absolument affolantes. Elle ne joue pas, elle est Sarah. Une Sarah tellement vivante – à l'image de celle du livre – que le spectateur l'adopte instantanément, dès le premier plan du film. Une actrice à suivre !

Visuellement superbe, l'adaptation de Gilles Paquet-Brenner fait preuve d'une réelle ambition cinématographique, qui a le mérite de ne jamais sombrer dans la gratuité d'une leçon d'histoire, voire de morale, en dépit de quelques petites longueurs, ici et là, aisément pardonnables. Certains plans confinent à la poésie pure, comme l'image de deux fillettes flottant dans une mare qui prend des allures de fontaine sacrée, purifiante, lorsque son eau se mue en or sombre.

Elle s'appelait Sarah est un roman magnifique et déchirant ; c'est aussi désormais un beau film, qui le complète, qui en prolonge la vision, un beau film dont la force évocatrice jaillit moins de sa dimension historique que des trajectoires humaines qui l'animent. Plus qu'un devoir de mémoire, une poignante incantation.

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