Gentillet !

Avis sur Enola Holmes

Avatar Philippe P.
Critique publiée par le

Enola Holmes est typiquement le genre de film qui va fonctionner sur un public bien précis et laisser en retrait le reste des spectateurs·trices. Son public : les adolescents jusqu'à 15/16 ans et plus particulièrement les adolescentes qui pourront se reconnaître dans l'héroïne. Pour les autres, le moment ne sera pas désagréable, on est face à un film qui se regarde sans déplaisir, mais qui ne reste pas dans les mémoires et qu'on ne relancera jamais spontanément.

Une narration rythmée pour une mise en scène pauvre

L'un des gros défauts du film c'est qu'il a vraiment du mal à se débarrasser de son aspect adaptation et opte pour une solution paresseuse de la retranscription des monologues de l'héroïne : elle brise le quatrième mur en s'adressant directement au public. Il manque également d'ingéniosité dans la retranscription de la résolution des énigmes par Enola Holmes, Harry Bradbeer n'arrive jamais à nous emmener dans le déroulement logique de la mise en place des pièces comme pouvait le faire par exemple les films de Guy Ritchie. Cependant le film possède une véritable énergie qui le rend très agréable à suivre et lui donne un aspect plaisant. Étonnamment, les quelques scènes d'actions du long-métrage sont plutôt bonnes. Toujours très claires et lisibles, elles ponctuent parfaitement les péripéties d'Enola et sa quête de réponses. Le scénario est solide narrativement, se suit bien et possède quelques surprises bien venu. De même, les petites doses d'humour sont souvent bien placées et font mouche régulièrement. Il est juste dommage que la grammaire visuelle ne suit pas et se contente de faire dans la simple efficacité.

Une thématique féministe intéressante

L'aspect par lequel le film marque le plus de points est sa thématique féministe qui transparaît tout au long du long-métrage : bien évidemment par le biais d'Enola elle-même, mais aussi par sa mère interprétée par Héléna Bonham Carter (Harry Potter, The Crown). La thématique est bien maîtrisée de bout en bout, présentant tout au long des deux heures que dure Enola Holmes un panel intéressant de réactions et d'appropriation de la thématique. Le film possède un joli nuancier de personnages féminins qui s'approprient ou s'opposent à ce mouvement. De la même manière, on retrouve cet aspect pour les personnages masculins qui ont des réceptions différentes aux envies d'indépendance d'Enola. Même si j'aurais aimé plus de développement du personnage de la mère d'Enola qui m'a particulièrement intéressé et notamment la raison de sa disparition. La disparition en elle-même est un peu un pétard mouillé sur la fin puisqu'elle n'amène pas à quelque chose de concret narrativement, elle n'est finalement juste qu'un levier pour le début des aventures d'Enola. Il aurait été intéressant de confronter Enola à l'événement prévu afin de développer encore plus cette thématique féministe.
Enola Holmes ne réinvente pas la roue sur le sujet, mais reste une bonne porte d'entrée pour les plus jeunes et je pense que c'est pour ça que le film s'adresse plutôt bien aux adolescentes qui pourront s'identifier à l'héroïne et s'approprier la thématique féministe.

Des personnages attachants

Globalement, tous les personnages, qui doivent l'être, sont attachants et contribuent au côté sympathique du film. Les personnages ont suffisamment d'épaisseur pour éviter d'être simplement des fonctions et ils ont des choses à raconter. Les interactions entre chacun d'entre eux fonctionnent bien et notamment celles entre Enola et Sherlock. Une alchimie qui doit beaucoup au travail de Millie Bobby Brown (Stranger Things, Godzilla 2) et Henry Cavill (Batman V Superman, The Witcher). Millie Bobby Brown dégage beaucoup d'énergie durant tout le long-métrage et globalement cela passe bien, mis à part lorsque son jeu demanderait plus de subtilité et de nuance. A ce moment là, l'actrice montre ses limites et tout comme dans Stranger Things elle n'est clairement pas convaincante. Elle n'est pas la seule à être clairement en sous-jeu, son compagnon d'aventures incarné par Louis Partridge (Les Médicis) l'est également. Finalement, une petite faiblesse par moments sur les deux acteurs principaux.

En conclusion, Enola Holmes est un bon film à montrer à des adolescents et plus particulièrement à des adolescentes qui pourront s'identifier à une héroïne indépendante et féministe. Pour les autres, le film ne sera pas désagréable, mais présentera un peu moins d'intérêt, la faute notamment à un réel manque d'ambition cinématographique. Le film fait passer un bon moment à son public, on en ressort satisfait, mais pas non plus emballé. En clair, Enola Holmes est un film sympathique qu'on ne regarde qu'une fois, mais dont on en garde un bon souvenir.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 33 fois
1 apprécie

Autres actions de Philippe P. Enola Holmes