Une tentative plus originale qu'il n'y paraît ...

Avis sur Entre les murs

Avatar Momodjah
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Lorsque l'on regarde le film de Cantet, on a clairement l'impression d'être devant un documentaire. L'image est brute, les personnages aussi. Mais ce côté un peu surjoué nous rappelle malgré tout que nous sommes face à une fiction ou du moins, la reconstitution d'un témoignage d'un professeur, François Bégaudeau. D'ailleurs, l'étude du Journal d'Anne Franck et de l'autoportrait ne sont pas un hasard. Avec ce parallèle un peu grossier, Bégaudeau veut nous faire part de ce qu'il ressent intimement face à sa condition, celle d'un professeur affrontant quotidiennement plus d'une trentaine de jeunes ado en pleine puberté prêts à vous dévorer au moindre faux pas. Et là, on a beau se dire qu'on sait déjà tout ce qu'il y a à savoir sur l'école, c'est vrai, on y a passé pas mal d'années. On sait aussi ce que c'est que l'école d'aujourd'hui lorsque l'on regarde des films comme Être et avoir, L'esquive ou encore lorsque l'on regarde les nombreux documentaires sur le sujet. Eh bien, c'est là qu' «Entre les murs» tire son épingle du jeu, me semble-t-il : c'est l'un des rares films qui nous montre un corps enseignant désarmé, fragile et parfois maladroit. Bien souvent, on nous dépeint le quotidien des élèves, leurs difficultés et leurs éventuels échecs scolaires, une équipe enseignante qui transmet des valeurs, des connaissances avec un certain aplomb. Ici, il n'en est quasiment rien ou en tout cas, ce n'est pas le réel propos. Ce film porte la parole d'un enseignant qui désire avant tout révéler les limites de l'éducation, la complexité des rapports humains qui se passent à l'école. La séquence du conseil de discipline illustre à la fois un désaveu de l'Éducation nationale, la conscience de l'échec et le caractère irréductible face à un élève qui a perdu toute considération pour l'école.

Il s'agit également de rétablir une certaine vérité sur un métier très controversé en présentant les diverses difficultés auxquelles les enseignants sont confrontés tous les jours. Et comme tout Homme face à 30 individus qui ont la particularité de ne pas manier le langage toujours très finement, qui sont persuadés du contraire et qui font naturellement confiance à leurs intuitions, les professeurs peuvent faire preuve de maladresses. Ce que l'on peut retenir de tout cela, c'est la volonté de rendre la fonction très humanisante où le professeur apparaît tel un simple individu avec ses qualités mais aussi ses défauts. Soulignons, par ailleurs, l'environnement hostile dans lequel certains professeurs évoluent, l'école connaissant une crise patente. Ces derniers représentent actuellement, malgré eux, les institutions, la discipline et une sorte de supériorité sociale qui ne peuvent plus être tolérées par une partie de la population. Dès lors, ces enseignants sont en première ligne pour subir les véhémences d'un malaise vis à vis d'une société en perdition.

On pourra alors trouver le film rudimentaire et récompensé à tort mais il a tout de même le mérite de désarmorcer un mauvais procès à l'encontre des enseignants, de recentrer le débat sur l'école et de mesurer l'importance du langage et de sa maîtrise dans tout rapport humain, pour éviter d'en venir aux mains. Et ça, ça n'est pas si mal !

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